Catégorie Avancées médicales

Toute l'actualité

Vers une alternative au don de sang

" Le don de sang ne prend pas de vacances ". Ce rappel estival de l'Etablissement Français du sang (EFS) dont le Groupe IONIS est partenaire rappelle bien la fragilité du don, unique source de sang pour les milliers de patients ayant besoin d'une transfusion sanguine. L'annonce de la première auto-transfusion humaine de globules rouges créés à partir de cellules souches permet d'envisager une alternative. 

sang.jpg

Des chercheurs de l'Inserm-université Pierre et Marie Curie (UMR 938) dirigés par Luc Douay, l'AP-HP et l'unité d'ingénierie et de Thérapie Cellulaire de l'Etablissement Français du Sang  ont annoncé le succès de la transfusion de globules rouges cultivés (GRc) à un patient. Ces résultats ont été publiés le 1er septembre 2011 dans la revue Blood. Pour réaliser cette transfusion,  l'équipe de Luc Douay a utilisé des cellules souches hématopoïétiques (CSH). C'est à partir de ces cellules, qui ont la propriété de fabriquer tous les types de cellules sanguines, que  des globules rouges ont été cultivés. Ils ont ensuite été réinjectés au patient.

" Cette étude est la première à démontrer que ces cellules peuvent survivre dans le corps humain", a souligné Luc Douay. En effet, les cellules dérivées (les GRc) des CSH ont une maturation normale avec une demi-vie comparable aux globules rouges « normaux », soit  28 jours, dans le corps humain. Ces conclusions permettent d'entrevoir la possibilité de remédier aux manques dans les banques de sang et de diminuer les risques de transmission de virus. Si une production à grande échelle est envisagée, elle suppose la réalisation de progrès en ingénierie cellulaire, a rappelé l'auteur de l'étude.

Anabelle Planques (Sup'Biotech promotion 11)

----------------------------------------------

Source:

" Première auto-transfusion de globules rouges créés à partir de cellules souches", communiqué de presse de l'Inserm, 1er septembre 2011, http://www.inserm.fr/espace-journalistes/1ere-autotransfusion-de-globules-rouges-crees-a-partir-de-cellules-souches

Pour aller plus loin:

Luc Douay et al., "Proof of principle for transfusion of in vitro generated blood cells", publication en ligne, Blood, 1er septembre 2011, disponible sur le site http://bloodjournal.hematologylibrary.org/content/early/2011/08/30/blood-2011-06-362038


L'ASCO ouvre les perspectives de la thérapie préventive du cancer du sein

Le risque de récidive du cancer du sein peut-il être prévenu par le suivi d'un traitement ? Aux Etats-Unis, le Tamosifène, un anti-oestrogène, est l'un des traitements hormonaux proposés aux femmes présentant des risques de récidives du cancer du sein en raison, notamment, de leur âge ou de leurs antécédents.  Un essai clinique, dénommé MAP 3 portant pour la première fois sur un inhibiteur de l'aromatase, une enzyme formant l'oestrogène, ouvre une nouvelle  voie. De quoi  élargir les perspectives de la thérapie préventive du cancer du sein?  

Les résultats de l'étude ont été publiés en ligne le 4 juin dans la revue The New England Journal of Medecine  et  présentés le lendemain, lors de la 47e conférence annuelle de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO), à Chicago (Etats-Unis). Pendant 3 ans, 4 560 femmes ménopausées d'origine européenne (France, Espagne)  ou d'Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), saines mais présentant au moins un risque de contracter un cancer du sein ( âge, antécédents, etc.) ont été suivies. Un premier groupe a reçu un placebo alors que le second a été soumis à un inhibiteur de l'aromatase, l'Aromasine (laboratoire Pfizer). Dans ce groupe, les chercheurs ont observé l'apparition de 11 cas de cancer contre 32 dans l'autre groupe.  Conclusion : la prise de l'Aromasine réduit de 65 % le risque de récidive sur 3 ans.

" Non seulement notre étude sur l'Aromasine montre une réduction impressionnante du risque de cancer du sein mais aussi d'excellents résultats concernant les effets secondaires ", a précisé le professeur Paul Goss (Université de Harvard, Massachusetts, Etats-Unis), le principal auteur de l'étude lors du congrès. Il pointe en creux le point faible du Tamosifène, l'un des traitements préventifs utilisés. Celui-ci peut provoquer, dans des cas rares, des cancers de l'utérus et des caillots de sang là où l'Aromasine provoque, en particulier, fatigue, insomnies et bouffées de chaleur.

Cette étude est-elle suffisante pour ouvrir en France l'autorisation de l'utilisation d'un médicament connu, l'Aromasine, pour  la prévention de la récidive du cancer du sein ? Des études confirmant ces résultats confrontant, par exemple, les effets respectifs du Tamisofène et de l'Aromasine sur le risque de récidive et les effets secondaires, permettrait de disposer de données nécessaires à la prise de décision.

Jehane Belal (Sup'Biotech 14)

Source:

L'anti-oestrogène Aromasine réduit de 65 % le risque de cancer du sein - dépêche AFP du 4 juin 2011

Exemestane for Breast-Cancer Prevention in Postmenopausal Women
de Paul E. Goss in The New England Journal of Medicine - 23 juin 2011, n°364, pp. 2381-2391

Diagnotic précoce des cancers: la détection de l'ADN tumoral dans le sang


Une équipe de chercheurs a mis au point une méthode permettant de détecter  des cancers à partir de l'analyse de faibles quantités d'ADN tumoral présent dans le sang. Le défi?  Déceler les traces d'ADN à peine perceptibles dans le sang pour diagnostiquer la maladie le plus tôt possible.

Comment diagnostiquer le cancer à un stade très précoce?  Une nouvelle méthode, développée par les biologistes du CNRS, de l'Inserm,  des universités Paris Descartes, de Strasbourg et la société américaine Raindance Technologies ( Lexington, Massachusetts) en ouvre la possibilité.  Le principe? Déceler des traces d'ADN tumoral  déversé dans le milieu extracellulaire, avec tout le contenu de la cellule tumorale, lorsque celle-ci meurt. L'ADN, qui livre les informations sur la tumeur,  se retrouvera alors dans les liquides biologiques du patient tels que le sang, la lymphe ou encore l'urine. Il restera alors à les analyser.

Le phénomène de détection de l'ADN tumoral était déjà connu, mais  un problème subsistait. La sensibilité des méthodes d'analyse ne permettait pas de détecter de très faibles quantités d'ADN. Or  l'ADN tumoral représente moins de 0,01% de tout l'ADN  dilué dans le sang.  D'où l'intérêt de la technique qui  détecte des seuils d'ADN 20 000 fois inférieurs à ceux actuellement décelés en clinique. Son fonctionnement? L'ADN extrait d'un échantillon biologique est réparti dans des gouttelettes, un gène cible se retrouvant dans une seule gouttelette. L'ADN est ensuite multiplié. Des molécules fluorescentes spécifiques à chaque gène viennent interagir avec lui. Les gouttelettes sont ensuite conduites à l'intérieur de sillons de taille microscopique et analysées par laser. Si la fluorescence de la gouttelette est rouge, l'ADN est sain. Si elle est verte, il est tumoral. Si elle n'émet pas de fluorescence, elle ne contient pas le gène ciblé. La concentration d'ADN tumoral est établie par comptage des tâches colorées.

L'équipe de chercheurs a appliqué avec succès  cette technique sur un oncogène associé à différents cancers (sang, colon, poumon et pancréas), dénommé KRAS, issu de lignées cellulaires de laboratoire.  Il reste à réaliser l'étude clinique prévue afin de valider la méthode au niveau thérapeutique. Les oncologues disposeraient alors d'un double outil de diagnostic précoce des cancers et de mise au point des thérapies efficaces.
.

Mylène Huck (Sup'Biotech 2013)

Sources:

"Des gouttelettes pour détecter l'ADN tumoral", communiqué de presse de l'Inserm, 20 mai 2011, http://www.inserm.fr/espace-journalistes/des-gouttelettes-pour-detecter-l-adn-tumoral


Pour aller plus loin:

"Quantitative and sensitive detection of rare mutations using droplet-based microfluidics", D. Pekin et coll.,  Lab on a chip, publication en ligne du 19 mai 2011, http://pubs.rsc.org/en/Content/ArticleLanding/2011/LC/c1lc20208a


LifeLength, l'entreprise qui évalue l'espérance de vie... en mesurant les télomères


Fournir une estimation de l'espérance de vie pour un prix de 500 €, telle est la proposition de l'entreprise espagnole LifeLength. La mesure des télomères, ces séquences d'ADN situées à l'extrémité des chromosomes, à partir d'une analyse de sang est au centre de cette innovation.


L'entreprise espagnole de biotechnologie LifeLength (Madrid) a annoncé la commercialisation, dans le courant de l'année, d'un test sanguin qui devrait permettre de prédire l'âge biologique et donc déduire l'espérance de vie. Son prix ? 500 euros ; une somme accessible.

Créée en septembre 2010, LifeLength valorise les recherches du docteur Maria Blasco, fondatrice de la société, réalisées au Centre national de recherche oncologique de Madrid (CNIO) sur les télomères.  Leur apport ? Établir que les télomères raccourcissent à chaque mitose, jusqu'au point de faire obstacle à la réplication de la cellule et de conduire à la mort cellulaire. D'où le concept à l'origine du test sanguin : la mesure de la longueur des télomères. 

BC7251-001.jpgLa technologie repose sur la technique de fluorescence in situ hybridization (FISH). Celle-ci marque des segments souhaités qui sont ensuite visualisés par fluorescence. Les télomères étant des fragments d'ADN avec un motif répété, il suffit de déterminer la longueur par le nombre de sondes qui s'hybrident. Plus les sondes hybridées sont nombreuses, plus la fluorescence augmente.

L'annonce de la société Lifelength pose la question des conséquences de l'estimation de l'espérance de vie sur le cours de l'existence de chacun.  Elle relance aussi les interrogations sur l'utilisation qui pourrait être faite de ces tests en dehors du cercle des professionnels de la santé.  La société a indiqué commercialiser le test à destination des hôpitaux, des laboratoires et de l'industrie pharmaceutique. Les garanties de fiabilité et d'exploitation de ces tests sont-elles pour autant suffisantes ?

Anabelle Planques (Sup'Biotech 12)

Source:  The first biotechnology company that measures telomeres (communiqué de presse de LifeLength - 15 décembre 2010)


Lire la suite >>

Longévité: l'implication du gène nhr-80


Lutter contre le vieillissement et les maladies associées en expliquant le mécanisme des gérontogènes, tel est l'objectif des chercheurs du Laboratoire de biologie moléculaire de la cellule (CNRS/ Ecole Normale Supérieure de Lyon/Université Claude Bernard Lyon 1). Dans une étude publiée le 15 mars 2011, sur le site de la revue en ligne  Plos Biology, ils mettent en évidence le mécanisme d'action de l'un des gènes impliqués dans la longévité, le gène nhr-80.

Depuis 1999, on savait que chez le ver nématode C. elegans, la suppression des tissus reproducteurs  augmentait la durée de vie de 60%. Restait à expliquer ce phénomène.  C'est ce à quoi se sont attachés les chercheurs lyonnais.  Ils ont montré, chez ce procaryote, que la mutation du gène nhr-80 répresse l'effet sur l'allongement de la durée de vie. Il redonne une espérance de vie normale, mais  sa surexpression permet de tripler la durée de vie. Ce gène code pour un récepteur nucléaire dont la stimulation entraine l'augmentation ou la répression de la transcription de centaines de gènes. Les chercheurs ont alors décelé un gène cible particulier, le fat-6. Il code pour une enzyme transformant un acide gras saturé, l'acide stéarique, en un acide gras insaturé, l'acide oléique. Or, une mutation du gène fat-6 empêche cette transformation et l'augmentation de la longévité. L'augmentation de l'acide oléique induit donc celle de la longévité.  Reste encore à en découvrir la raison.

En apportant une compréhension de l'un des mécanismes moléculaires à l'origine de l'allongement de la vie chez le ver nématode, les chercheurs ont fait un premier pas vers l'identification de cibles pour mettre au point un traitement global des maladies de la vieillesse telles que la neurodégénérescence, l'ostéoporose ou encore le cancer.

Mylène Huck, promotion 2012

Sources:

Photo: photo libre de droits du site fotosearch.fr

"Un nouveau gène de la longévité ouvre de nouvelles pistes pour vieillir mieux", communiqué de presse du CNRS, 15 mars 2011, disponible sur le site http://www2.cnrs.fr/presse/communique/2133.htm?debut=16


Pour aller plus loin:

"Fatty Acid Desaturation Links Germ Cell Loss to Longevity Through NHR-80/HNF4 in C. elegans", J. Goudeau et coll., PLoS Biology, 15 mars 2011, disponible sur le site http://www.plosbiology.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pbio.1000599;jsessionid=5CFD6781D439C4C39EE7C997D81D03A8.ambra02


Le gène DPY19L2 à l'origine de l'infertilité masculine

L'équipe du laboratoire AGeing, Imagery and Modeling (AGIM, CNRS/université Joseph Fourier, Ecole pratique des hautes études, Paris), dirigée par Pierre Ray et Christophe Arnoult, vient d'identifier le gène responsable de la globozoocéphalie spermatique, une cause de l'infertilité masculine. Cette pathologie résulte de  la production de spermatozoïdes incapables de féconder l'ovule.  En cause, leur tête ronde dépourvue des acrosomes, qui permettent normalement de percer la membrane pellucide de l'ovocyte.
 
Pour réaliser cette étude, publiée dans la revue The American Journal of Human Genetics, les chercheurs ont utilisé des puces à ADN afin d'analyser le génome de 20 patients.  Ils ont alors découvert que 75% de ces hommes présentaient  une délétion homozygote de 200 000pb résultant d'une recombinaison homologue durant la méiose. Or, cette portion contient le gène DPY19L2 qui, d'après leurs résultats, est impliqué dans l'élongation du spermatozoïde et la formation de l'acrosome. 
 
Le DPY19L2 est également impliqué dans l'établissement de la polarité cellulaire chez l'espèce du ver nématode C. elegans, un organisme modèle bien caractérisé. L'étude d'AGIM suggère que ce gène pourrait permettre la polarité cellulaire du spermatozoïde chez l'homme.
 
La découverte des fonctions du gène DPY19L2 devrait permettre la mise au point de nouveaux produits contraceptifs empêchant la formation de spermatozoïdes féconds ainsi que la création de traitements pour les patients atteints de cette cause d'infertilité.
 
Anabelle Planques, promotion 2012, Oriane Raynal, promotion 2013
 
 

Sources:

Photo: photo libre de droits du site fotosearch.fr
 
"Découverte d'une des causes génétiques d'infertilité masculine", communiqué de presse du CNRS, 18 mars 2011, http://www2.cnrs.fr/presse/communique/2134.htm
 
 
Pour aller plus loin:

"A Recurrent Deletion of DPY19L2 Causes Infertility in Man by Blocking Sperm Head Elongation and Acrosome Formation", R. Harbuz et coll., The American Journal of Human Genetics, Volume 88, n°3, 11 mars 2011, pp. 351-361, disponible sur le site http://www.sciencedirect.com/science?_ob=ArticleURL&_udi=B8JDD-52BW2DS-8&_user=10&_coverDate=03%2F11%2F2011&_rdoc=1&_fmt=high&_orig=gateway&_origin=gateway&_sort=d&_docanchor=&view=c&_acct=C000050221&_version=1&_urlVersion=0&_userid=10&md5=20a7bf538c8baad29593d97f91f5a5d9&searchtype=a
 

SIDA: un candidat-vaccin imitant l'immunité naturelle de certaines femmes testé sur des macaques

 
Après quinze années de recherche, une équipe de l'Institut Cochin (Université Paris-Descartes, CNRS, Inserm) a testé avec succès un candidat-vaccin contre la transmission sexuelle du VIH chez les macaques femelles. Ses travaux ont été publiés dans la revue Immunity, le 10 février dernier.

Le candidat vaccin repose sur un principe original: l'induction de la production d'anticorps spécifiques de la surface du virus au niveau des muqueuses génitales. Il se distingue donc des vaccins  induisant la production d'anticorps sanguins ou de cellules tueuses contre le VIH. L'objectif: prévenir l'infection avant que le virus ne se démultiplie et ne se dissémine dans le sang.  A l'origine de cette idée, l'observation d'une immunité naturelle contre le virus du VIH chez certaines femmes. Dans ces cas, des anti-corps protègent les muqueuses vaginales de l'entrée du virus.

Le candidat-vaccin a été administré par voie nasale et intramusculaire à cinq macaques femelles. Après avoir été exposées à treize reprises au VIH par inoculation vaginale, celles-ci sont restées séro-négatives.

Il présente l'intérêt de cibler plusieurs types de virus parmi les plus courants aux Etats-Unis, en Europe et en Inde. Mais pour les auteurs de l'étude, beaucoup de choses restent à étudier, notamment pour déterminer son efficacité contre d'autres voies d'infection sexuelles et son effet  sur les mâles.

Simon Chabasse, promotion 2013
 

Sources:

Photo: fotosearch.com


"Une nouvelle piste pour un candidat vaccin contre le virus du sida", communiqué de presse de l'Inserm, 10 février 2011, 
http://www.inserm.fr/espace-journalistes/une-nouvelle-piste-pour-un-candidat-vaccin-contre-le-virus-du-sida


Pour aller plus loin: 



 "Publication immunization with HIV-1 gp41 Subunit Virosomes induces Mucosal Antibodies protecting Nonhuman primates against vaginal SHIV Challenges", Morgane Bomsel et coll., Immunity,vol. 34, 10 février 2001, p.p.269-280, disponible sur le site https://www.cell.com/immunity/abstract/S1074-7613%2811%2900036-7?switch=standard

Des souris chauves et stressées retrouvent leurs poils


Des chercheurs de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) ont découvert, de façon accidentelle, un composant chimique favorisant la repousse des poils.  Ces travaux, dirigés par le Docteur Million Mulugeta, ont été publiés le 16 février dernier sur le site de la revue scientifique américaine Plos One.

C'est sur sur la manière dont le stress affecte les fonctions gastro-intestinales chez les souris que l'équipe de l'UCLA travaillait initialement. Pour conduire cette étude, elle a modifié génétiquement les  souris dans le but de leur faire surproduire la corticotrope (CRF), une hormone de stress. Les chercheurs ont alors observé que sous l'effet de cette hormone, les souris altérées génétiquement commençaient également à perdre leurs poils.

Pour traiter le stress, l'équipe de l'UCLA a ensuite injecté pendant cinq jours aux souris  un peptide, l’astressin-B, afin de bloquer l'effet de l'hormone CRF.  Au terme de cette procédure, l’astressin-B avait neutralisé les récepteurs de l’hormone CRF dans le gros intestin des souris. Mais la découverte de ses effets sur la calvitie est intervenue de façon fortuite, trois mois  plus tard. En reprenant leur étude, les chercheurs ont découvert que les poils des souris traitées avaient repoussé. D'où l'idée d'utiliser  l'astressin-B  pour mettre au au point d'un nouveau traitement de la calvitie.

A la différence des remèdes actuellement disponibles dont l'efficacité est souvent discutée, ce nouveau composant présenterait différentes propriétés capillaires intéressantes.  Il pourrait  empêcher la chute des cheveux ou le grisonnement en stimulant  la pigmentation. Son mode d'administration présente en outre l'intérêt de produire ses effets plusieurs mois après l'injection. Une alternative médicamenteuse aux implants est-elle envisageable?

Mylène Huck, promotion 2013

Sources:


Photo: photo libre de droits du site www.fotosearch.fr

Enrique Rivero, "Regrowing hair: UCLA-VA researchers may have accidentally discovered a solution", UCLA news releases, 16 février 2011, http://newsroom.ucla.edu/portal/ucla/ucla-va-researchers-may-have-discovered-190273.aspx

"Espoir pour les chauves après la découverte d'une substance anti-stress", LeMonde.fr avec AFP, 17 février 2011

Pour aller plus loin:

 
"CRF Receptor Antagonist Astressin-B Reverses and Prevents Alopecia in CRF Over-Expressing Mice", Lixin Wang, Mulugeta Million, Jean Rivier, Catherine Rivier, Noah Craft, Mary P. Stenzel-Poore, Yvette Tach, PLoS ONE, 16 février 2011, http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0016377

Une nouvelle méthode de diagnotic du cancer de la prostate?


Des chercheurs de l’Université de Warwick et de l’institut britannique de recherche sur le cancer (ICR) ont découvert que la longueur de l’index est liée au risque de développer le cancer de la prostate. Cette étude, publiée dans le British Journal of Cancer, a démontré que les personnes ayant l’index plus long que l’annulaire présentaient moins de risques de développer ce type de cancer.


De 1994 à 2009, les chercheurs ont comparé les doigts de 1 524 patients atteints du cancer avec ceux de 3 044 personnes en bonne santé. Or 33% des participants qui avaient l’index plus long que l’annulaire présentaient un risque moindre de développer ce type de cancer.L'explication tient, selon les chercheurs, à la raison pour laquelle les doigts sont longs.

La longueur des doigts est déterminée in utero par la quantité de testostérone. Mais les gènes HoxA et HoxD, qui interviennent dans ce processus ont également une autre fonctionnalité bien connue: intervenir dans le développement des organes sexuels. Dès lors,  plus l’individu est exposé à la testostérone, moins il aurait de chances de développer le cancer de la prostate.

Cette nouvelle manière de dépister le cancer de la prostate à partir de la morphologie des doigts ne peut être suffisante. Cet autodiagnostic « rapide » permet à tout à chacun de pouvoir s’identifier comme étant une personne prédisposée à ce type de cancer. N'y-aurait-il pas là un risque  de surdiagnostic? Il  pourrait entraîner une surmédicalisation et un afflux vers les centres de dépistages.

 

 Jehane Belal, promotion 2014

 

Source:

“Cancer de la prostate: la longueur de l'index ferait la différence”, dépêche AFP du 1er décembre 2010

Pour aller plus loin:

“Hand pattern indicates prostate cancer risk “, A A Rahman, A Lophatananon, S Stewart-Brown, D Harriss, J Anderson, T Parker, D Easton, Z Kote-Jarai, R Pocock, D Dearnaley, et al., British Journal of Cancer, 30 novembre 2010, pp.  175-177  disponible sur le site: http://www.nature.com/bjc/journal/v104/n2/full/6605977a.html

Un pas de plus dans la compréhension du mécanisme responsable de la méningite néonatale ou méningite B

La méningite néonatale touche en France, selon l’Institut Pasteur, 800 nourrissons par an. Faute de  vaccin, son taux de mortalité se situe  entre 50 et 100 décès par an. Les résultats d’une étude publiée dans le Journal of Experimental Medecine, le 25 octobre 2010, constituent une première étape  vers la possible mise au point d’un vaccin.

La méningite néonatale est provoquée par une bactérie, la « streptococcus agalactiae », streptocoque du groupe B. Une étude épidémiologique du Centre National de Références des Streptocoques   (Hôpital Cochin (AP-HP) et Institut Pasteur) avait déjà  permis d’identifier qu’un clone de streptocoque de groupe B, le ST-17, était responsable de ces méningites. Il restait à en expliquer l’hypervirulence. 

C’est chose faite avec la publication des travaux de l’équipe  dirigée  par Claire Poyart (Institut Cochin, Université Paris Descartes, Inserm, AP-HP), Marc Lecuit (Institut Pasteur, Inserm, Université Paris Descartes) et Patrick Trieu-Cuot (Institut Pasteur).

Les chercheurs ont identifié, par reproduction expérimentale de l’infection néonatale humaine,  la protéine responsable de cette virulence, la protéine HgvA. Celle-ci  permet l’adhésion in vitro de cette bactérie dans les cellules constituant, notamment, la barrière hémato-encéphalique, laquelle protège le cerveau du sang circulant dans le corps.


Pour leurs auteurs,  ces résultats apportent une première explication moléculaire à l’induction des méningites par ce streptocoque. Ils devraient également permettre, à terme, de travailler sur l’inhibition de l’hypervirulence du clone afin de mettre au point  de nouveaux outils de diagnostic et de prévention des méningites de ce type.

Cassandra Comme, promotion 2013

Sources:

Photo: David Goehring


“Une avancée majeure dans la compréhension de la méningite du nouveau-né à streptocoque du groupe B”, communiqué de presse de lʼInstitut Pasteur, 18 octobre 2010, disponible sur le site de l’Institut Pasteur, http://www.pasteur.fr/ip/easysite/go/03b-00004c-01c/presse/communiques-de-presse/2010/une-avancee-majeure-dans-la-comprehension-de-la-meningite-du-nouveau-ne-a-streptocoque-du-groupe-b

Pour aller plus loin:

“The surface protein HvgA mediates Group B streptococcus hypervirulence and meningeal tropism in neonates”, Journal of Experimental Medicine, 25 octobre 2010. vol. 207, pp.  20313-20322, Asmaa Tazi, Olivier Disson, Samuel Bellais,  Abdelouhab Bouaboud, Nicolas Dmytruk, Shaynoor Dramsi , Michel-Yves Mistou , Huot Khun, Charlotte Mechler, Isabelle Tardieux , Patrick Trieu-Cuot, Marc Lecuit, Claire Poyart,  disponible sur le site du Journal of Expérimental Medecine: http://jem.rupress.org/content/current

 Pour plus d’informations sur la méningite:

consulter la fiche sur la méningite, rubrique "fiches sur les maladies infectieuses" sur le site de l'Institut Pasteur: http://www.pasteur.fr/ip/easysite/go/03b-00000j-0hn/meningites

Des prédispositions génétiques à la résistance au virus du SIDA

Sommes-nous égaux face au virus du SIDA? On savait que certaines personnes présentaient une résistance au virus. Une équipe dirigée par le professeur Stylianos Antonarakis de l'Université de Genève, en collaboration avec des chercheurs de l'université de Lausanne, en a découvert l'origine. Les résultats de leurs travaux ont été publiés, le 30 septembre 2010, dans la revue PLoS Pathogens.

La résistance au virus du SIDA  s'expliquerait par l'existence d'une variation génétique. Celle ci diminuerait les risques d'infection et ralentirait l'évolution de la maladie chez les personne infectées. Après avoir déterminé le gène protecteur, les chercheurs  ont attesté de son hérédité sur des lignées cellulaires. L'efficacité de ce gène a été vérifiée in vivo par le suivi de 800 patients. Ils ont observé chez les patients présentant ce variant génétique une évolution moins rapide de la maladie.

Cette découverte pourrait permettre une avancée dans la création d'un vaccin contre le virus du sida et peut-être constituer une alternative aux trithérapies. L'étude du mécanisme d'action de ce gène pourrait permettre de recréer chez l'homme une immunité face au virus.

Source:


"Sida: les gènes comptent", communiqué de presse de l'UNIGE, 26 novembre 2010, disponible sur le site de l'université de Genève: http://www.communique-de-presse.com/index2.php?option=com_content&do_pdf=1&id=6813

Pour aller plus loin:

"Phylogenetic approach reveals that virus genotype largely determines HIV set-point viral load", S.Alizon , V.von Wyl , T. Stadler , RD  Kouyos , S. Yerly , B. Hirschel , J. Böni , C. Shah ,T.  Klimkait , H.Furrer , A. Rauch , PL.Vernazza , E.Bernasconi, M.Battegay ,  P. Bürgisser , A. Telenti ,  HF Günthard, S. Bonhoeffer S, the Swiss HIV Cohort Study, PLoS Pathogens en ligne , 30 septembre 2010,  disponible sur le site: http://www.plospathogens.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.ppat.1001123

Un nouveau traitement contre l'obésité

Par Adrien Callou, Yohann Dickx et Pauline Grisel, étudiants promotion 2013

L’obésité est définie comme une accumulation trop importante de tissu adipeux blanc pouvant nuire à la santé de l’individu. Elle est considérée comme une maladie depuis 1997 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ; c’est une maladie multifactorielle dont l’implication des facteurs génétiques et épigénétiques (environnement, hygiène de vie) est encore mal connue.

L’obésité progresse
 
3obesite.jpgL’obésité connaît une importante progression en France et dans le monde. En effet, le pourcentage de personnes obèses (indice de masse corporelle > à 30) était d’environ 6  % en France en 1985 et est passé à 15 % en 2001. Ceci étant dû à une augmentation de la « malbouffe » dans les pays développés où l’accès à la nourriture est très facile, chaque coin de rue possédant au moins un supermarché ou un restaurant. Dans le monde, l’OMS estimait à 400 millions le nombre d’adultes obèses en 2005 et en prévoit d’ici 2015 700 millions [1]. En plus de toucher un nombre de plus en plus important de personnes, l’obésité se répand parmi toutes les classes sociales et toutes les tranches d’âge, c’est pourquoi elle est considérée par l’OMS comme l’épidémie du siècle.
 
Les principales conséquences sur la santé liées à l’obésité sont une augmentation du risque de maladies cardio-vasculaires, telles que les cardiopathies et les accidents vasculaires-cérébraux, une augmentation du risque de développer un diabète et des troubles musculo-squelettiques dus à la surcharge pondérale [1].
 
2jogging.jpgL’ensemble de ces complications implique aussi une augmentation des dépenses de santé, à laquelle les individus et les pays ne peuvent faire face, d’où la nécessité d’un traitement adaptable à tous et ne nécessitant pas d’infrastructures ni de matériel spécialisés. Ceci appelle donc à la découverte de traitements médicamenteux, ou par d’autres techniques, contre cette maladie.
 
Il n’existe pas aujourd’hui de traitements définitifs contre l’obésité. En effet, les seuls moyens de lutte existants sont les différents régimes et l’activité physique qui, lorsqu’ils ne sont pas suivis, conduisent à une reprise de poids due à la tendance naturelle des adipocytes blancs à restocker les graisses. Les traitements médicamenteux développés jusqu'à présent ont quant à eux été abandonnés à cause d’effets secondaires trop importants. Il a été récemment découvert dans une étude publiée dans The New England Journal of Medicine qu’un autre tissu adipeux, le tissu adipeux brun, permettrait de lutter contre cette maladie.
 
Les graisses brunes : une nouvelle voie contre l’obésité
 
La communauté scientifique sait depuis plusieurs années que le tissu adipeux brun brûle les graisses, contrairement au tissu adipeux blanc qui les stocke grâce à une grande vacuole stockeuse de lipides. Ces graisses brunes sont caractérisées par une protéine spécifique : la thermogénine (ou UCP-1) qui serait responsable de la thermogenèse de ces graisses brunes, c’est à dire la « combustion » de lipides pour libérer de la chaleur. Ce tissu adipeux brun est bien connu chez les mammifères hibernants qui utilisent la production d’énergie sous forme de chaleur pour recouvrir peu à peu une température normale à la fin de l’hiver.
 
2coubrun.jpgRécemment, les physiologistes pensaient encore que ces graisses brunes n’existaient que chez le nourrisson humain (3 ans maximum). Mais courant 2009, cinq études ont démontré que l’homme adulte possédait lui aussi des graisses brunes [2]. L’hypothèse de graisses brunes chez l’adulte est venue, non pas des physiologistes, mais des radio-oncologues qui utilisent l’imagerie médicale pour détecter la présence de tumeurs. En effet, nous savons que les cellules cancéreuses dégagent plus de chaleur que les cellules saines de part leur hyperactivité. Beaucoup de clichés d’imagerie montraient la présence de zones actives le long du cou ou des clavicules.
 
Ces zones actives étant réparties symétriquement des deux côtés du cou, divers articles de médecine du début des années 2000 ont émis l’hypothèse de la présence de tissu adipeux brun. Celle-ci a été confirmée grâce à la mise en évidence de la protéine UCP-1, caractéristique de ce tissu, qui prouve bien la présence de graisses brunes chez l’adulte [2]. L’identification de nouvelles molécules impliquées dans la régulation des différents tissus adipeux permet d’envisager un nouveau type de traitement contre l’obésité utilisant les propriétés particulières du tissu adipeux brun.
 
De nouvelles études
 
En janvier 2009, une étude [3] a été publiée dans la revue Nature qui mettait en évidence l’action d’une protéine particulière : ATF4 (Activating Transcription Factor 4). Ce facteur de transcription, lorsqu’il est inhibé, favorise l’expression de UCP1, 2 et 3 suggérant une augmentation de la thermogenèse. ATF4 favoriserait aussi la β-oxydation et donc une utilisation des graisses blanches par le muscle. Cette augmentation des dépenses énergétiques causée par ATF4 dans la régulation du métabolisme des lipides et de la thermogenèse permettrait donc aux personnes obèses de pouvoir maigrir sans faire de sport, leur mobilité étant réduite du fait de leur surcharge pondérale.
 
2medicament.jpgLa société privée américaine Acceleron Pharma développe un médicament, actuellement en phase clinique 1 (première phase testant non pas encore l’efficacité du médicament, mais son action sur le métabolisme humain), basé sur la molécule ACE-435 qui inhibe la voie de signalisation de certains membres de la superfamille des TGFs (facteurs de croissance transformants) impliqués dans la différenciation du tissu adipeux blanc. Ce médicament favorise ainsi le développement du tissu adipeux brun qui, stimulé, conduit à une perte de poids.
 
Bien que la perspective de traiter l’obésité par l’utilisation du tissu adipeux brun soit prometteuse, les possibles médicaments sont au mieux en phase clinique 1, ce qui ne permet pas d’envisager un traitement avant plusieurs années. De plus, l’abondance du tissu adipeux brun étant une caractéristique physiologique, elle diffère chez chaque individu, ce qui laisse présager une efficacité différente chez chaque personne. Enfin, l’obésité étant une maladie multifactorielle, le fait d’intervenir sur l’un des facteurs ne permettrait pas nécessairement de la traiter de manière définitive.
 
2) Chunxia Wang et al., ATF4 regulates lipid metabolism and thermogenesis, NATURE, 12 janvier 2010
3) M.C. Zingaretti et al., The presence of UCP1 demonstrates that metabolically active adipose tissue in the neck of adult humans truly represents brown adipose tissue, FASEB J., 23, 3113 ; W.D. van Marken Lichtenbelt et al., Cold-Activated Brown Adipose Tissue in Healthy Men, N. Engl. J. Med., 360, 1500 ; A.M. Cypess et al., Identification and Importance of Brown Adipose Tissue in Adult Human, N. Engl. J. Med., 360, 1509 ; K.A. Virtanen et al., Functional Brown Adipose Tissue in Healthy Adults, N. Engl. J. Med., 360, 1518 ; M. Saito et al., Brown, Fat in Humans: Turning up the Heat on Obesity Diabetes, 58, 1526, 2009.

Thérapie génique: un succès pour l'essai clinique de phase I/II sur la B-thalassémie


L'équipe du  Professeur  Leboulch (CEA, Inserm, APHP, universités Paris 11, Paris Descartes, Paris Diderot, Havard, de Pennsylvanie) avait été autorisée en 2006, par l’Affsaps, à lancer des essais cliniques de phase I/II sur une thérapie génique portant sur la B-thalassémie. Un premier patient avait été intégré au protocole en 2007. Il mène depuis maintenant 3 ans une vie normale.

La B-thalassémie est une maladie génétique héréditaire touchant la B-globine, une partie de l’hémoglobine, empêchant ainsi les globules rouges de transporter l’oxygène. Le communiqué de presse du  CEA indique que près de 200 000 enfants par jour naissent atteints de cette maladie dans le monde, soit 5% de la population mondiale.

Les traitements existants sont très lourds. Pour survivre, les patients doivent subir des transfusions sanguines mensuelles  afin de maintenir leur taux d’hémoglobine compatible avec une vie normale. Mais celles-ci entraînent une accumulation de fer dans le sang pouvant causer la mort du patient. Reste la greffe de moelle osseuse, le seul traitement curatif existant. Il reste marginal. En effet,  seuls les enfants et les adolescents, soit 20% des malades peuvent y avoir accès,  à la condition  difficile à remplir, de trouver un donneur.  Le risque de rejet de la greffe reste important. D’où l’intérêt du recours à la thérapie génique mis en place par l’équipe du professeur Leboulch.

La stratégie pour traiter cette maladie a été de prélever les cellules souches hématopoïétiques (CSH) du patient pour les transfecter grâce à un vecteur étonnant, un dérivé du virus du SIDA inactivé. Celui-ci  a permis d’insérer le gène codant pour la B-globine afin qu’il soit exprimé dans les globules rouges (qui dérivent des CSH) de manière spécifique et suffisante.

En janvier 2010, l’Afssaps a autorisé l’inclusion d’un nouveau patient dans ce protocole.  Reste à espérer que l’insertion du nouveau gène par ce vecteur ne perturbera pas l’expression d’autres gènes. Lors des essais sur des enfants atteints d’un déficit immunitaire combinée sévère (DICS), l’utilisation d’un vecteur rétroviral avait provoqué le développement de leucémies chez des enfants traités.

Anabelle Planques, promotion 2012

Sources:


Photo: virus du SIDA, FoeNYX, 2004


"Premier succès d'un essai clinique en thérapie génique pour la béta-thalassémie", communiqué de presse du CEA, 16 septembre 2010,  disponible sur le site du CEA: http://www.cea.fr/presse/liste_des_communiques/premier_succes_d_un_essai_clinique_en_therapie_g-37989

Pour aller plus loin:

"Transfusion independence and HMGA2 activation after gene therapy of human β-thalassemia", M. Cavazzana‐Calvo, E.Payen, O.Negre, G.Wang, K. Hehir, F. Fusil, J. Down, M.Denaro, T. Brady, K. Westerman, R.Cavallesco, B. Gillet‐Legrand, L.Caccavelli, R. Sgarra, L.Maouche‐Chrétien, F. Bernaudin, R. Girot, R.Dorazio, G.Mulder, A. Polack, A. Bank, J.Soulier, J.Larghero, N. Kabbara, B. Dalle, B. Gourmel, G.Socié, S.Chrétien, Nathalie Cartier, Patrick Aubourg, Alain Fischer, Kenneth Cornetta, Frédéric Galacteros, Yves Beuzard, Eliane Gluckman, Frederick Bushman, Salima Hacein‐Bey‐Abina & Philippe Leboulch, Nature, 16 septembre 2010, pp. 318-322, disponible sur le site de la revue Nature, http://www.nature.com/nature/journal/v467/n7313/full/nature09328.html

un marqueur biologique découvert dans les cancers

Avec son équipe de l’Unité Inserm 955 (Institut Henri Mondor de recherche biomédicale), Nicolae Ghinea a découvert que le récepteur de l’hormone folliculo stimulante (FSH) est exprimé dans le réseau vasculaire des cancers. Il pourrait être utilisé comme bio marqueur. Les résultats de cette recherche , publiés dans la revue The New England Journal of Medicine le 21 octobre, ouvrent des perspectives pour le diagnostic et le traitement des cancers.

Cette découverte repose sur l’hypothèse selon laquelle le réseau vasculaire pourrait exprimer des marqueurs spécifiques. Pour la vérifier, l’équipe de Nicolae Ghinea a recherché la présence du récepteur à la FSH, normalement absent des tissus sains, dans ces vaisseaux sanguins. Les tests ont été réalisés sur 11 types de cancers (prostate, seins, colon, pancréas, vessie, rein, poumon, oie, estomac, testicules et ovaires) à différents stades, à partir de biopsies prélevées sur 1336 patients.

L’utilisation des techniques d’immunohistochimie et d’immunoblotting a permis d’établir que  le récepteur à la FSH était exprimé dans la partie luminale - c’est à dire celle qui est en contact avec le sang des vaisseaux sanguins. Cette  propriété permettra de réaliser le diagnostic d’un cancer par simple injection d’un marqueur de ce récepteur. Celui-ci serait ensuite visualisé  par des techniques d’imagerie habituelles. La technique a déjà été testée  avec succès chez la souris par microscopie immunoélectronique par l’équipe de Nicolae Ghinea.  Il reste donc à confirmer ces résultats par l’utilisation des procédures hospitalières habituelles (RMN, TEP etc.).  Mais la découverte du biomarqueur ouvre également des perspectives thérapeutiques, puisqu’il pourrait être utilisé pour des traitements afin de cibler les cancers.

Anabelle Planques, promotion 2012

Sources:

“Cancer : découverte d’un marqueur biologique très prometteur”, communiqué de presse de l’Inserm, 20 octobre 2010, disponible sur le site de l’Inserm: http://rechercher.inserm.fr/cgi-bin/findall?C=161&X=1&LANG=FRANCAIS&KEYWORDS=nicolae

Christine Courcol, “Un marqueur unique découvert dans toute une gamme de cancers”, dépêche AFP, 20 octobre 2010, disponible sur le site http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5ilGczCQkQ51wFCRQCuQ9n_snl6fA?docId=CNG.2cee7ae3ded9b63e98f0bf525e6b2927.7c1

Pour aller plus loin:

"Expression of Follicle-Stimulating Hormone Receptor in Tumor Blood Vessels",
A. Radu, C. Pichon, Ph. Camparo, M. Antoine, Y. Allory, A. Couvelard, G. Fromont, M.-Th.Vu Hai, N. Ghinea, The New England Journal of Medicine, vol. 363, 21 octobre 2010, pp. 1621-1630, disponible sur le site de cette revue: http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1001283


 

Polyphénols du vin rouge et maladies cardiovasculaires

Dans les années 1980, statisticiens et cardiologues, tels que le Pr Serge Renaud de l'Université de Bordeaux, ont observé que malgré une alimentation plus riche en graisse que la moyenne européenne, le taux de cholestérol sanguin des Français n’est pas plus élevé qu’ailleurs : c’est le « french paradox ». Sachant que les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de décès dans le monde, cette originalité suscite l’intérêt de nombreux scientifiques qui se mettent à étudier de près les habitudes alimentaires des français. Ce pourrait-il qu’après 30 ans de recherche, ce paradoxe  offre la possibilité d’établir de nouvelles thérapies contre les maladies cardiovasculaires ?  Par Masaya OSHIMA, Laurent PONCE, Tiffany SOUTERRE, promotion 2013

Le vin rouge, un acteur clé

Un critère distingue la France des autres pays : sa consommation de vin hors pair, avec une moyenne de 54 litres de vin par habitant et par an, d’après une étude de l’Insee de 2008. L’équipe du Pr Serge Renaud a donc effectué une étude, de 1978 à 1983, sur 36 250 Français dont 28 % buvaient de la bière, 61 % du vin et 11 % d’abstinents. Une tendance est ressortie de cette étude : la consommation de vin réduit fortement le taux de décès par maladies cardiovasculaires(1).
vin3.jpg 
L’hypothèse privilégiée par les chercheurs trouve sa source dans les composantes du vin contenant près de 200 polyphénols* différents. Les polyphénols ne sont pas spécifiques au vin rouge. Surtout présents dans les végétaux, ils composent une grande partie de notre alimentation comme les légumes, le chocolat, le thé et certains fruits dont le raisin(2). De plus, ils n’ont pas tous les mêmes propriétés. Ainsi, ceux contenus dans la peau de raisin sont particulièrement connus pour leurs effets antioxydants, mis en évidence grâce aux études publiées par Emile Andriambeloson en 2007(3). Pendant longtemps, l’étude d’un polyphénol particulier, le resvératrol, a été privilégiée ; ce dernier étant très abondant dans le vin. L’action cardio-protectrice du resvératrol a été mise en évidence par l’équipe du Dr Frankel en 1993. La consommation de resvératrol permettrait à l’organisme de réduire l’oxydation les lipoprotéines de type LDL (Low Density Lipoprotein), responsable de la formation du cholestérol (4).
 
Le « french paradox» dévoilé ?
 
Jusqu’ici, le « French Paradox » reposait sur des études épidémiologiques. Bien que très nombreuses, ces études ne suffisent pas à expliquer pourquoi la consommation modérée de vin rouge est associée à une réduction du risque de maladies cardiovasculaires. Les polyphénols, dont le resvératrol, sont depuis longtemps identifiés comme étant des acteurs de ce paradoxe, mais leurs mécanismes d’action restaient jusqu’alors mystérieux. Cependant, Andriantsitohaina Ramaroson, directeur de recherche au sein du laboratoire « Biologie neuro-vasculaire intégrée », et son équipe (unité mixte de recherche CNRS 6214/Inserm 771, Université d'Angers) ont réussi à lever le voile, dans leur publication de janvier 2010(5), sur les interrogations que suscitait ce « french paradox ».
 
L’hypothèse d’Andriantsitohaina Ramaroson repose sur la similitude qui existe entre la structure de certains polyphénols et les œstrogènes. En effet, les polyphénols, notamment le resvératrol et la delphinidine, activeraient les sous-types α du récepteur aux œstrogènes induisant la production de monoxyde d’azote par les cellules endothéliales*. L’activation de la voie de biosynthèse du monoxyde d’azote dans les cellules endothéliales induit par la suite une réduction du risque de maladies cardiovasculaires.Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques avec notamment la création de médicaments destinés à la prévention de maladies cardiovasculaires.
 
Des perspectives intéressantes : les OGM
 
La révélation progressive des mécanismes d’action des polyphénols conduit à une mise en avant des aliments comme le vin et le chocolat. Cette percée scientifique profite également au marché des suppléments et aussi à de nouveaux procédés de fabrication pour les aliments. Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) sont aussi de la partie. Dans le cadre du projet européen Flora visant à établir le lien entre régime alimentaire et santé, ainsi que les effets bénéfiques des flavonoïdes (une subdivision des polyphénols) sur les maladies, des scientifiques ont réussi à mettre au point une tomate à haute teneur en anthocyanines, des antioxydants de la classe des flavonoïdes(6).
 
Accroître la concentration de flavonoïdes, solubles dans l’eau, serait bénéfique non seulement à cause des propriétés individuelles de ces composants, mais également parce qu’on estime que la combinaison dans l’alimentation d’antioxydants solubles dans l’eau et d’autres dissous dans la graisse offre une plus grande protection contre les maladies cardiovasculaires. Pour l’heure, aucune étude scientifique n’a encore démontré que la consommation de ces OGM comportait plus de risques que la consommation d’aliments traditionnels. Mais des organismes scientifiques, comme la British Medical Association, sont d’avis qu’une alimentation variée reste encore le moyen le plus efficace de consommer une grande diversité de polyphénols.
 
 * Les polyphénols sont caractérisés, par la présence de plusieurs groupements phénoliques associés en structures plus ou moins complexes généralement de haut poids moléculaire. Ces composés sont les produits du métabolisme secondaire des plantes qui ont un rôle d’antioxydants naturels.
 
  * L’endothélium est la couche la plus interne des vaisseaux sanguins en contact avec le sang.

(1)    Serge C., Wine, Beer, and Mortality in Middle-aged Men From Eastern France, Internal Medicine, Septembre 1999, p1

(2) Nicolas Güggenbühl, Les polyphénols sont à la fête, Health and Food, Décembre 2003, p.1

(3) Andriambeloson E., Nitric oxide production and endothelium-dependent vasorelaxation induced by wine polyphenols in rat aorta, British Journal no6, 1997, p.2

(4) Frankel, Waterhouse, Kinsella, Inhibition of human LDL oxidation by resvératrol, Lancet, Avril 1993, p.1

(5) Matthieu Chalopin, Estrogen Receptor Alpha as a Key Target of Red Wine Polyphenols Action on the Endothelium, PLoS ONE, Janvier 2010, p.3

(6) Eugenio Butelli, Enrichment of tomato fruit with health-promoting anthocyanins by expression of select transcription factors, Nature Biotechnology, Octobre 2008, p.2

 

 

 

Et si vous effaciez vos mauvais souvenirs ?

Une équipe internationale de neuroscientifiques vient de mettre à jour des avancées utiles pour comprendre les mécanismes de la peur. Et pourquoi pas, trouver un médicament contre l’oubli… Par Monica Chhor et Manal Lammari (promotion 2013). 

Jusqu’à présent, l’imagerie fonctionnelle cérébrale avait permis d’observer in vivo les variations des activités électriques et des flux sanguins dans le cerveau. Elle avait ainsi rendu possible la localisation des zones cérébrales activées lors de processus cognitifs. Cette technique permettait cependant de ne mettre en avant que la localisation des zones stimulées et non la manière dont elles étaient activées. Une nouvelle étude réalisée par une équipe de chercheurs internationale s’est intéressée plus particulièrement à la mémorisation de la peur et a pu apporter un élément de réponse concernant le processus d’encodage.
 
lecri.jpgLa peur est un état émotionnel généralement créé en présence d’un danger, qui se traduit par des réactions psychologiques et physiques. Lors d’un évènement traumatisant, notre cerveau entre dans un processus de mémorisation en faisant correspondre cet événement au souvenir de la peur.
 
Des neurones de la peur ?
 
Une équipe internationale de neuroscientifiques, dont un français du CNRS, a réussi à identifier plus précisément les neurones activés lors de la mémorisation de la peur. Leurs travaux publiés dans la revue Science se sont d’abord basés sur une première expérience réalisée en 20071 chez des souris. Ces scientifiques étaient déjà parvenus à marquer des neurones qui s’activaient lors de la mémorisation de l’écoute d’un son associé à un choc électrique. En effet, ils ont injecté dans l’amygdale latérale des souris un vecteur contenant un gène qui augmente la synthèse de la protéine CREB. Cette protéine induit la formation ou le renforcement de nouvelles synapses entre les neurones lors de la mise en mémoire à long terme d’un événement. Après dissection des souris, les chercheurs constatèrent au travers d’analyses que les neurones en question s’activaient plus que les autres lors de l’apprentissage mais aussi lors de l’audition du son.
 
En 20092, l’équipe a repris cette expérience en y ajoutant une nouvelle étape. Cette étape consistait à introduire dans le génome des souris une «construction génétique», c’est-à-dire une juxtaposition du gène de la protéine CREB avec celui d’une protéine fluorescente et d’un dernier rendant ces neurones sensibles à la toxine de la diphtérie. Après la phase de conditionnement, les chercheurs ont ensuite détruit les neurones surproduisant la protéine CREB, grâce à l’injection de la toxine diphtérique. Puis, ils ont de nouveau soumis ces souris au son effrayant ultérieur, ces derniers ne réagissaient alors plus. Les scientifiques en ont donc conclu que c’était en réalité les neurones surproduisant la protéine CREB qui gardaient l’empreinte d’une peur dans la mémoire.
 
Cette découverte démontre que lors d’un événement traumatisant, les neurones secrétant la protéine CREB permettent la mémorisation de la peur et donc la stimulation de la zone de l’amygdale latérale. L’avancé des recherches en neurosciences a donc permis d’apporter un début de réponse dans la compréhension d’un des nombreux processus biologiques qui animent le cerveau. Reste à comprendre ce qui provoque, dans les conditions naturelles, la sélection de certains neurones pour participer à la mémorisation d’un événement mais aussi à expliquer la variabilité de concentration de la protéine CREB d’un neurone à l’autre.
 
Traiter la phobie
 
À long terme, cette découverte pourrait permettre de développer des traitements capables d’effacer des événements traumatiques ou anxiogènes de façon sélective. Ces traitements concerneraient notamment des personnes victimes d’un stress post-traumatique lié à un accident grave ou à un attentat, mais aussi les phobiques qui ne bénéficient aujourd’hui que de traitements psychothérapeutiques, tels que l’hypnothérapie, la prise d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs.
 
 Cette étude n’en est qu’à son stade expérimental et les éventuels traitements ne sont pas encore développés. Néanmoins, nous pourrions nous poser la question du droit de modifier l’esprit du patient. D’après Charles Darwin, les émotions seraient un héritage de nos ancêtres, leur mémorisation serait indispensable à l’adaptation dans le milieu. En effet, les émotions se sont développées en réponse à différentes situations récurrentes, ces réactions d’abord volontaires sont devenues au fil des générations, innées et réflexes. Se rappeler de situations dangereuses permet alors de changer ou d’adapter son comportement si celles-ci se reproduisent dans le futur.
 
Nous pourrions aussi penser que l’identité de la personne est définie par ses souvenirs, les modifier ne reviendrait-il donc pas à modifier la personne ? Il serait utile de débattre sur la nécessité ou non de conserver les souvenirs traumatisants qui désignent une expérience de violence hors norme dont la perception peut être très différente d’une personne à l’autre. Comment les patients nécessitant ce recours à l’effacement de souvenirs seraient alors sélectionnés ? Ce n’est qu’après avoir éclairci ces différentes questions d’éthique, incitant à la prudence, qu’il sera possible de penser à un éventuel « médicament de l’oubli ».
 
Pour comprendre l’encodage des émotions, deux disciplines de neuroscience se sont développées, puis améliorées, grâce à l’imagerie fonctionnelle cérébrale : la neuroscience affective et la neuroscience comportementale.
 
1 - Jin-Hee Han, «Neuronal competition and selective during memory formation», Science, 20 avril 2007
2 - Jin-Hee Han, «Selective Erasure of a Fear Memory», Science, 13 mars 2009

Du chocolat contre les coups de soleil

Du chocolat contre les coups de soleil

Cassandre LEBLANC, Camille NOGIER, Marion SARDA, promotion 2013

Les framboises, le thé vert ou encore les canneberges, qui font partie de notre alimentation courante, ont déjà prouvé leurs effets antioxydants, bénéfiques pour l’organisme. Leur prise est facile et ne nécessite pas un budget « santé » important. D’après l’étude menée par l’équipe du Dr Heinrich (Institut für Experimentelle Dermatologie, Allemagne), le chocolat rentrerait également dans cette catégorie d’aliments en réduisant notre sensibilité aux coups de soleil (1). En effet, la consommation quotidienne et régulière de polyphénols, contenus entre autres dans le cacao, permettrait de prévenir les effets indésirables des UV comme les érythèmes, lésions cutanées de la peau, et la préparerait ainsi aux diverses agressions du soleil.

94923230.jpeg

Un chocolat d'un nouveau genre

C’est sur cette étude que s’est fondé Barry Callebaut, industriel du chocolat et leader mondial des innovations à base de cacao et de chocolat, pour créer son chocolat ACTICOA™, préparé selon un procédé du même nom (2). Ce chocolat conserve 50 % de plus de polyphénols naturels que le chocolat de préparation traditionnelle. Lorsque l’on sait que les polyphénols représentent une famille de molécules organiques qui se distinguent par un haut pouvoir antioxydant, on peut comprendre qu’ils transfèrent à ce chocolat leur pouvoir antioxydant et anti-inflammatoire. Ces propriétés permettraient-elles alors de prévenir les effets nocifs de l’exposition au soleil ?

Neutralisation des radicaux libres

On sait que le bronzage est le signe de l’agression du soleil sur la peau. À long terme, les UV favorisent le vieillissement de la peau en abîmant les fibres de collagène et entraîne l'apparition de cancers cutanés. En effet, agressés par les UV, les kératinocytes, cellules de la peau, adressent un message d’alerte sous la forme d’une substance appelée cytokine aux mélanocytes situés sur la couche basale de l’épiderme. Ces cellules vont alors produire un pigment, la mélanine, qui va se placer autour du noyau des kératinocytes. Ceux-ci, chargés de mélanine, vont remonter à la surface de la peau et lui donner sa couleur : du rouge au noir en passant par un brun plus ou moins foncé. Les UV sont capables de produire de très fortes quantités de radicaux libres oxygénés dans les cellules de la couche superficielle de l’épiderme, responsables à court terme des coups de soleil et de l'inflammation. Les flavonoïdes (type de polyphénols contenus dans le chocolat) permettent la neutralisation des radicaux libres et garantissent ainsi une certaine protection contre les UV.

Impact sur l'épiderme

C’est sur ces réactions que l’équipe de recherche du Dr Heinrich s’est basée pour démontrer que la prise répétée d’une boisson à base de cacao dilué engendre un changement au niveau de l’épaisseur de l’épiderme, mais aussi au niveau de l’hydratation de la peau (1). Face à un groupe de personnes consommant une boisson cacaotée quotidiennement, un autre groupe suivant le même rituel, cette fois avec une boisson riche en flavonoïdes, présente à la fin de l’expérience une sensibilité moindre de la peau face aux UV. Il était ainsi démontré en parallèle, par l’équipe Londonienne du Dr William, que l’ingestion quotidienne d’environ 100 g de chocolat noir n’ayant subi aucune transformation industrielle entraînerait une réduction du risque d’apparition des coups de soleils de 25 % dès trois mois de prise. En revanche, la consommation de chocolat produit de manière traditionnelle ne suffirait pas à préparer la peau à une exposition prolongée au soleil, car sa teneur en polyphénols est trop faible (3).

Cette découverte est séduisante. Toutefois, la température de fusion du chocolat étant de 33°C, on peut se demander si son ingestion durant une saison ensoleillée telle que l’été est adaptée. La place de ce produit sur le marché concurrentiel des compléments alimentaires, dominé par de grands laboratoires type Oenobiol, reste alors à déterminer. Le chocolat de Barry Callebaut fabriqué selon le procédé ACTICOATM peut-il représenter une alternative au β-carotène ? En l’état actuel, on ne peut pas inscrire ce chocolat enrichit en flavonoïdes dans la catégorie « produit de santé » car sa forte teneur en sucre et en graisses font de lui un produit moins attrayant. Ceci laisse cependant la place à la concurrence pour se lancer dans la recherche de procédés qui réduiraient graisses et sucres. C’est d’ailleurs dans cette logique que les équipes de Barry Callebaut travaillent actuellement et auraient signé un accord en février avec Mars, le plus grand fabricant mondial de chocolat au détail, pour faire connaître les vertus bénéfiques des flavonoïdes du cacao.

 

Sources :

(1) U.Heinrich, K. Neukam, H. Tronnier, H. Sies et W. Stahl, “Long-term ingestion of high flavanol cococa provides photoprotection against UV-induced erythema and improves skin condition in women”, The Journal of Nutrition ,p15 65-1569, juin 2006

(2) Communiqué de presse, Le chocolat ACTICOA™ de Barry Callebaut contribue à protéger la peau des rayonnements UV, septembre 2009

(3) S. William, S. Tamburic et C. Lally, Eating chocolate can significantly protect the skin from UV light, septembre 2009

Le cancer du sein et les parabènes : faut-il s'inquiéter ?

par B.Avignon, A.Bellard, C. Joubert et f. Koné (promotion 2013)

 

Le cancer du sein est une des pathologies malignes les plus fréquentes en Europe occidentale. Elle est responsable du plus grand nombre de morts par cancer chez les femmes. Elle a ainsi causé en France 11 299 décès en 20061. Une partie des cancers du sein sont induits par les œstrogènes. L’augmentation des cancers induits par les œstrogènes est en corrélation avec celle des ventes de produits cosmétiques contenant des molécules similaires1. Plusieurs études ont analysé les liens existant entre les produits imitant les effets oestrogéniques et pouvant entraîner le développement du cancer du sein. La polémique sur les sels d’aluminiums, un produit imitant les effets oestrogéniques, a été lancée par l’article d’une femme chercheur brésilienne2. Cette étude a été fortement remise en cause par la communauté scientifique car l’échantillon utilisé n’était pas représentatif de la population. Une forte médiatisation de cette étude a poussé les chercheurs à s’intéresser à ce sujet. Parmi eux, le professeur Philippa Darbre a publié une étude3 sur les divers substituants aux œstrogènes tels que les sels d’aluminiums et les parabènes.

 

Les parabènes : des perturbateurs endocriniens

 

Les parabènes, appelés "alkyl d’éther d’acide para-hydroxybenzoïque", sont des molécules synthétiques dérivées du pétrole. Elles sont utilisées comme conservateurs dans des produits cosmétiques tels les shampoings, les gels douche, les nettoyants pour le visage, les fonds de teint, les déodorants, les dentifrices et les parfums. Ils sont aussi utilisés dans la conservation de certains aliments : la gelée de viande, en traitement de surface des produits à base de viande séchée, de céréales ou de pommes de terre. Les parabènes les plus couramment utilisés sont les méthyl-, éthyl-, propyl- et butyl-parabènes. Ils sont immunotoxiques, neurotoxiques et irritent la peau. Leur toxicité provient de leurs propriétés bactéricides, ce qui explique d’ailleurs leur utilisation comme conservateur3. Les sels d’aluminium, remplissent la même fonction que les parabènes (bactéricidie). L’absorption locale cutanée des sels d'aluminium des anti-transpirants est très élevée et ce, qu’ils soient sous forme de chlorure d'aluminium ou de chlorhydrate d'aluminium. Cependant, ils sont également largement employés.

92980713(2).jpg

Dans l’étude du Pr Darbre3, les sels d’aluminiums sont sévèrement critiqués pour leur forte toxicité démontrée à travers la peau de souris et au niveau des aisselles de l'homme, ainsi que leurs interférences avec les récepteurs à œstrogènes. Aujourd’hui, ce même effet est attribué aux parabènes. En effet, ces derniers perturberaient le système endocrinien. Ce système est composé d’hormones produites par des glandes et organes comme le pancréas ou les ovaires4. Les hormones produites agissent sur la croissance, le développement, la reproduction et le comportement. Les parabènes interagissent avec ces hormones et induisent des dérèglements pouvant aller jusqu’à engendrer l’apparition de cancers. Après avoir traversé la peau et les parois vasculaires, ils sont susceptibles d’agir sur le système digestif par exemple. Ils imitent l’action des œstrogènes en se fixant sur les récepteurs d’œstrogènes des cellules à la place de l’œstradiol, c’est pourquoi on les appelle xéno-estrogènes – xéno venant du grec xénos signifiant étranger – ou encore perturbateurs endocriniens. Les parabènes sont à l’origine de l’augmentation de l’expression des gènes normalement régulés par l’œstradiol et induisent donc la prolifération anarchique des cellules3. Ainsi, le Pr. Darbre montre4 que, les parabènes et les sels d’aluminium peuvent passer à travers les barrières lipidiques telles que les membranes cellulaires et ainsi s’accumuler dans les tissus du sein. Malgré leurs faibles concentrations dans les produits, on ne peut négliger le fait que l’on retrouve une part de ces xéno-estrogènes dans les tissus mammaires tumoraux.

 

Quelles sont les mesures gouvernementales ?

 

Depuis 2004, la quantité consommée du parabène et ses dérivés considérée comme acceptable a été établie par le comité scientifique de l’alimentation de la communauté européenne (Scientific Committee on Food). Ce groupe de scientifiques habilité à évaluer le risque de consommation d’additifs alimentaires l’a plafonnée à 10 mg/kg/jour5. Cependant, il préconise également d’effectuer des études complémentaires, notamment sur les voies empruntées par les parabènes dans l’organisme, grande inconnue des chercheurs jusqu’à présent. Les deux grandes inquiétudes des gouvernements portent sur les effets avérés des parabènes et autres xéno-estrogènes sur la reproduction de l’homme et leurs impacts sur l’environnement, l’hypothétique élévation des cancers du sein et des testicules n’arrivant qu’en troisième position.

On retrouverait environ 60 % de méthyl-parabènes appliqués localement dans les tissus cancéreux et environ 10 % des produits cosmétiques comportent un étiquetage inexact sur leur quantité de parabènes2. Malgré des conclusions aussi préoccupantes, le parabène ne fait pas parti des substances soumises au règlement REACH6 ou même pour la veille toxicologique en générale en France7. Néanmoins, son étude et sa régulation sur le marché sont englobées dans les mesures 7 et 8 du Plan National Santé Environnement numéro 28 (PNSE2), qui a débuté en 2009 et s’étendra jusqu’à 2013. Envisagé lors du Grenelle de l’environnement, ce plan poursuit les mêmes objectifs que le premier, employant 400 millions d’euros et des solutions applicables régionalement.

Un programme d’étude lancé en 2005 portant sur les diverses conséquences des perturbateurs endocriniens (PE) nommé programme national de recherches sur les PE (PNRPE) présentera ses conclusions le 12 avril 20109. En attendant que les conclusions soient révélées au grand public, il serait plus sage d’éviter les apports excessifs de parabènes.

 

Bibliographie :

1. Moïse Namer, Elisabeth Luporsi, Joseph Gligorov, François Lokiec, Marc Spielmann « L’utilisation de deodorants/antitranspirants ne constitue pas un risque de cancer du sein », Bulletin du Cancer (Volume 95, Numéro 9, 871-80, septembre 2008).

2. KG McGrath, “An earlier age of breast cancer diagnosis related to more frequent use of antiperspirants/deodorants and underarm shaving”, European Journal of Cancer Prevention (numéro 12 ,479–485, 30 juillet 2003).

 

3. P.Darbre, “Environmental oestrogens, cosmetics and breast cancer”, Best Practice & Research Clinical Endocrinology & Metabolism (volume 20, Numero 1, 121–143, 2006).

 

4. Plaquette : http://www.afsset.fr/upload/bibliotheque/771953541745249614035691288700/11_perturbateurs_systeme_endocrinien.pdf

 

5. « Avis du groupe scientifique sur les additifs alimentaires, les arômes, les auxiliaires technologiques et les matériaux en contact avec les aliments à la demande de la Commission concernant les para hydroxybenzoates (E 214-219) », The EFSA Journal (Numéro 83, 2004).

 

6. « Avis de la Commission des Produits Chimiques et Biocides du 22 juin 2009 relatif aux substances extrêmement préoccupantes à proposer par la France en vue d’une inclusion à l’annexe XIV des substances soumises à autorisation du règlement Reach » : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/avis_CPCB_SVHC_090622-2.pdf

 

7. Rapport de vigilance de l’Afssaps numéro 27, 2005 : http://www.afssaps.fr/var/afssaps_site/storage/original/application/a04645817043e01235bf03bc49f76f07.pdf

 

8. Plus d’information sur le PNSE2 : http://www.developpement-durable.gouv.fr/spip.php?page=article&id_article=7323 et http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/PNSE_2_OO.pdf

 

9. Se renseigner sur le colloque : http://www.polynome.fr/pnrpe

Cellules souches pour traiter la chorée de Huntington



La chorée de Huntington est une maladie qui aboutit à la perte de contrôle des mouvements des membres. Ces symptômes relativement impressionnants lui ont valu ce nom, du grec Choreia qui signifie danse. Cette maladie héréditaire est une affection neurodégénérative atteignant principalement les cellules grises du striatum, une région impliquée dans le contrôle des mouvements. Jusqu’à présent, les traitements proposés étaient purement symptomatiques : des neuroleptiques permettant de diminuer l’agitation psychomotrice, associés à des antidépresseurs. Progressivement, la pathologie conduit à une perte d’autonomie du sujet et le quotidien des proches devient de plus en plus difficile.

Dans les années 1990, un espoir est apparu grâce aux recherches sur des greffes intra crâniennes de tissus fœtaux humains. Ces études ont obtenu des résultats plutôt positifs, donnant un espoir aux familles de voir un jour une amélioration de l’état de leur proche. Mais la faiblesse des progrès observés plusieurs années après l’implantation, n’a pas permis d’aboutir à un traitement. En plus de cela, les tissus greffés ne pouvaient être obtenus qu’en très faible quantité n’autorisant pas un traitement généralisé. De par l’utilisation de tissu d’origine fœtale, ces études ont déclenché une vaste polémique, axée autour de la question éthique du droit de l’embryon.

Recherches controversées

Ces différents problèmes ont amené les scientifiques à ne plus poursuivre ces recherches et à se pencher sur l’utilisation du potentiel des cellules souches pluripotentes. Actuellement l’institut I-Stem (localisé à Evry dans l’Essonne) issu de la collaboration de l’université d’Evry, de l’Inserm et de l’Association Française contre les Myopathies par le biais du généthon, est à la pointe de la recherche européenne en matière de thérapie cellulaire. Il travaille notamment sur l’utilisation des cellules souches dans le traitement de la maladie de Huntington.

Les cellules choisies dans le cadre de ces recherches sont des cellules souches fœtales que l’on peut séparer en deux catégories: les cellules souches hématopoïétiques (CSH) recueillies à partir de la moelle osseuse après la naissance et des cellules souches qui doivent être prélevées chez le fœtus lui-même. Sur le plan biologique, les CSH sont moins pluripotentes que les autres car elles ont déjà commencé à se différencier en cellules souches adultes. Elles ne peuvent pas être utilisées dans le traitement de la maladie de Huntington. A contrario, les cellules souches fœtales ont l’avantage de pouvoir créer et former n’importe quel nouveau tissu ou nouvel organe de par leur nature indifférenciée. Certes, l’utilisation de celles-ci paraît intéressante en termes d’avancées techniques et scientifiques, en vue de nouvelles thérapies, mais leur prélèvement implique la destruction du fœtus. Leur emploi reste alors très controversé et très restreint. Il rentre dans le cadre de la loi bioéthique de 2004 qui précise bien que « les recherches peuvent être autorisées sur l’embryon lorsqu’elles sont susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs et à la condition de ne pouvoir être poursuivies par une méthode alternative d’efficacité comparable, en l’état des connaissances scientifiques ».

93498227.jpgNouveaux espoirs

Plusieurs recherches basées sur les cellules souches pluripotentes et réalisées sur modèle animal ont pu être menées, elles ont montré des résultats très encourageants. On peut notamment citer une étude (Revue Stem Cell du 4 mai 2008) portant sur l’injection de cellules souches fœtales humaines dans le système vasculaire du cerveau de souris comportant des lésions cérébrales, proches de celles causées par la maladie de Huntington. Celle-ci a montré une diminution marquée des symptômes mais aussi et surtout un arrêt total de la formation des lésions ; résultats encore jamais obtenus avec les différents traitements envisagés précédemment.

Le modèle animal a déjà pu être extrapolé à l’homme. En 2006, une équipe française du Centre de Référence des Maladies Rares a transplanté des cellules souches fœtales à des patients atteints de la maladie de Huntington, depuis 4 ans les patients ont montré une diminution des symptômes significative et il n’y a eu aucun cas de rechute. Mais cette méthode ne peut pas, dans l’état actuel de la législation, être utilisée en tant que traitement, de par les limites imposées par l’emploi de cellules embryonnaires. La révision de la loi bioéthique, proposée en 2009, avait laissée entrevoir un allégement des contraintes quant à l’utilisation des cellules souches d’origine fœtale mais le projet proposé par le conseil d’Etat qui devrait être voté à l’Assemblée nationale courant 2010, semble conserver le même schéma que la version précédente datant de 2004.

Récemment, une petite révolution qui a eu lieu dans le monde scientifique, donne un nouvel espoir aux familles quant à la découverte d’un traitement. En effet, en 2009, les premières cellules souches pluripotentes créées à partir de cellules différenciées de peau de personnes adultes (K. Woltjen et al., in Nature, mars 2009) pourraient permettre d’utiliser les méthodes développées en 2006 (travaux sur les IPs de S. Yamanaka), mais en se basant cette fois ci sur des cellules provenant du sujet lui-même et évitant l’utilisation de tissus fœtaux, permettant ainsi d’entrer dans un cadre éthiquement et sociétalement acceptable.

 

Emilie Chhoeu, Florent Delhommel, Carine La, Etudiants Sup’Biotech promotion 2013

 

Un requin qui sauve un homme

??Alors que les Scandinaves l’ont compris depuis la nuit des temps et utilisent l’huile de foie de requin comme une véritable cure de jouvence, les scientifiques se sont intéressés, au cours du XXème siècle, à la capacité des squales à résister à de nombreuses maladies. En effet, ils résisteraient naturellement aux développements des tumeurs et de certaines formes de maladies fréquentes chez les autres espèces.?Au cours du développement embryonnaire, se met en place l’arbre vasculaire : c’est la « vasculogénèse ». À l’âge adulte, de petits capillaires émergent des vaisseaux. Ce phénomène appelé angiogénèse est très délétère pour l’organisme puisqu’il favoriserait la croissance tumorale ainsi que la survenue de maladies dégénérescentes  telles que l’arthrite rhumatoïde et l’arthrose. Toute cellule ne peut subsister sans apport d’oxygène et d’énergie c'est-à-dire à distance d’un vaisseau sanguin, et plus particulièrement les cellules tumorales très voraces. En 1971 le Dr Folkman s’intéresse au mécanisme d’angiogenèse (ou néovacularisation) et émet l’hypothèse que si l’on réussissait à inhiber la formation de nouveaux vaisseaux, on arriverait à stopper la croissance de la tumeur. Sans apports de nutriments, une tumeur ne peut se développer.


Son article, publié dans le très réputé New England Journal of Medicine, ouvrit un boulevard à la recherche de stratégies contre la néo-angiogénèse tumorale. Dans cette optique, une étude clinique a été réalisée montrant l’effet inhibiteur du cartilage de requin sur la multiplication des cellules cancéreuses. Pour ce faire, il a été nécessaire d’exposer les requins à de fortes doses d’aflatoxines B (molécule carcinogène) mais ces derniers, contrairement à d’autres espèces n'ont pas présenté d'incidence élevée aux tumeurs. Une première conclusion fut tirée sur la composition de leur cartilage qui s’opposerait ainsi à la formation de vaisseaux au sein des tumeurs.

78490029.jpg


Des composantes du tissu cartillagineux de requins


?D’autre part, des composantes spécifiques du tissu cartilagineux de requins, notamment la chondroïtine et la glucosamine, seraient indispensables pour lutter contre les affections articulaires telles que l’arthrose, qui est une maladie très invalidante due à une usure progressive du cartilage qui perd ses qualités d’origines (souplesse et élasticité). À cela s'ajoute une perte de qualité du liquide synovial, liquide limpide et épais semblable à du blanc d’œuf qui, habituellement, lubrifie l’articulation. Ces molécules naturellement produites par l’organisme ont tendance à diminuer avec l’âge. Cependant, des apports exogènes peuvent combler ce déficit: Elles sont extraites du cartilage de requin par hydrolyse acide. La glucosamine, qui fait partie du groupe des osamines jouerait un rôle important dans la formation des tendons et ainsi renforcerait la structure du tissu cartilagineux. Quant à la chondroïtine (muccopolysaccharide), elle aurait des propriétés anti-inflammatoires en inhibant la sécrétion de prostaglandines, mais aurait également un rôle réparateur en inhibant l’action d’enzymes comme l’élastase qui entrainent la nécrose du cartilage.


?Au cours des années 1990, des effets bénéfiques sont démontrés chez des patients atteints d’arthrose du genou et de la hanche et chez lesquels la douleur et le gonflement semblaient réduits. La mobilité fut améliorée après injection de sulfate de chondroïtine. D’autres molécules attirent notre attention: les alkylglycérols issus de l’huile de foie de requin. Ces molécules de la famille des éthers-lipides auraient un rôle de stimulant immunitaire, un rôle dans la formation des précurseurs hématopoïétiques ainsi qu’un rôle d’inhibiteur tumoral. Une étude réalisée en Suède sur des patients atteints de cancer de l’utérus a montré une réduction de la progression tumorale d’un tiers à la suite d’une prophylaxie par des alkylglycérols purifiés. Leurs effets antitumoraux seraient liés à un mécanisme faisant intervenir la protéine kinase C sans laquelle la reproduction et la prolifération tumorale sont caduques.


Une réduction des cellules tumorales


D’autres études cliniques, à savoir celle du professeur Legrand de l’université de Rennes, montrent des réductions de prolifération sur des cellules tumorales de souris. À noter que des résultats concordants ont été observés sur des cellules humaines infectées par le cancer du colon. Une étude américaine réalisée en 2005 nous ouvre de nouvelles perspectives. Deux groupes de patients atteints de cancer du colon sont traités par chimiothérapie. L’un d’entre eux reçoit en plus un médicament contenant du cartilage de requin. Après plusieurs mois de traitements les patients sont soumis à un questionnaire dont les données sont ensuite traitées par bioinformatique. Les résultats sont étonnants puisque tous les patients sous traitement médicamenteux montrent une amélioration nette de leur état de santé due notamment à une diminution des effets secondaires de la chimiothérapie.
Pour une grande majorité, ils notent une amélioration de leur qualité de vie. Ces effets peuvent être ainsi mis en évidence avec les effets anti-angiogéniques des molécules constituant le cartilage. Le requin est une source de molécules prometteuses, riches d’enseignements dans la lutte contre le cancer puisque deux analogues structuraux (l’edelfosine et la mitelfosine) des alkyl-lipides montreraient des propriétés intéressantes comme molécules antitumorales ouvrant ainsi des cibles nouvelles en thérapeutiques.?Les requins considérés jusqu’ici comme des prédateurs redoutables sont maintenant péchés afin de satisfaire un marché de produits alimentaires mais aussi à visée thérapeutique.

 

???V.Pasquali,O.Thore, V.Parat, étudiants Sup’Biotech promotion 2013

Un virus mortel pour soigner une maladie génétique

L’adrénoleucodystrophie (ALD) est une maladie génétique responsable du processus de démyélinisation (disparition des couches supérieures) des neurones des systèmes nerveux centraux et périphériques qui se déclare chez les garçons âgés de 5 à 12 ans. Elle touche une naissance sur 20 000. Le gène atteint, nommé ABCD, est situé sur le chromosome X. Caractérisée par une dégénérescence musculaire et cérébrale progressive conduisant à un décès rapide, cette maladie est liée à l’absence de la protéine ALD. Chez les individus malades, cette déficience empêche la dégradation des acides gras à longue chaîne qui s’accumulent dans certaines cellules du système nerveux central. Cette dégradation est assurée en temps normal par les oligodendrocytes, cellules chargées de l’entretien des neurones et de la synthèse de myéline, mélange de lipides et de protéines, indispensable à la rapidité de l’influx nerveux.

Le premier traitement mis en place par les chercheurs et médecins Patrick Aubourg, Pierre Bougnères et Claude Griscelli, date de 1988. Il consiste en une greffe de moelle osseuse venant d’un donneur compatible. L’enfant malade pourra, grâce à cette greffe et après suppression de sa propre moelle, synthétiser la protéine manquante par le biais des cellules qui se sont différenciées à partir des cellules souches contenues dans la moelle osseuse du donneur. Malheureusement, ce traitement ne peut être réalisé que dans de rares cas ; les chances de trouver un donneur compatible avant que la maladie ne se développe de façon trop importante étant très faibles.

Il aura fallu attendre presque 20 ans pour que la thérapie génique soit utilisée pour traiter l’adrénoleucodystrophie.

Patrick Aubourg accompagné cette fois de Nathalie Cartier, directrice de recherche à l’Inserm a  réussi à stopper l’évolution de la maladie chez deux enfants atteints en faisant intervenir le VIH (virus d’immunodéficience humaine). On pourrait alors se demander comment un virus pourrait aider à soigner une maladie du cerveau. Dans l’essai réalisé par les deux chercheurs, le virus inactivé a été utilisé comme vecteur dans le but de réaliser une thérapie génique. Le gène fonctionnel codant la protéine ALD a été inséré dans le génome du virus. Le virus a ensuite été mis en contact avec des cellules de la microglie issues des cellules souches hématopoïétiques responsables de la synthèse des cellules sanguines et agissant comme des macrophages dans le système nerveux (donc chargées de phagocyter les tissus lésés, d’intervenir dans les réactions immunitaires). Ces cellules infectées ont été réinjectées dans l’organisme du malade.

96907430.jpg


Ainsi, les résultats obtenus jusqu’à présent (arrêt de la démyélinisation chez les deux enfants atteints quelques mois après l’injection des cellules modifiées) peuvent laisser espérer une réussite du traitement. Mais l’inquiétude réside dans le fait d’utiliser le VIH comme vecteur. Bien que ce virus ait été découvert il y a plus de 20 ans, sa faculté d’adaptation au milieu dans lequel il se développe et la variabilité de son génome restent des variables non maîtrisées.

Aujourd’hui, malgré les résultats encourageants des scientifiques, l’esprit collectif met surtout en avant le manque de recul que nous avons la thérapie génique. En effet le manque de maturité des différents traitements développés entraîne un sentiment d’incertitude et de peur sur lequel s’appuient la majorité des journaux généralistes. Pas assez informée par les scientifiques, la population ne perçoit les informations qu’à travers les avis plus ou moins réfractaires de la presse.

Les scientifiques restent quant à eux à l’écart de toutes discussions, et ne s’adressent pas à la population créant ainsi un fossé entre les recherches effectuées et l’image que la population a au sujet de la thérapie génique. Malgré leurs réticences à communiquer leurs résultats, ils ont un réel espoir de traiter  des maladies héréditaires.

« Même s’il faut rester prudent, (…) nous n’avons pas de raison particulière de redouter un effet délétère lié à l’insertion du vecteur lentiviral dans le génome », poursuit Nathalie Cartier.

 

Une fois passée la peur qu’inspire l’utilisation du VIH dans une thérapie génique et la compréhension de l’intérêt thérapeutique que représente ce dernier, les scientifiques pourront peut-être appliquer ce type de traitement à l’ensemble des maladies génétiques dans lesquelles le VIH pourrait intervenir.

 

C. Lecanelier, J. Noizet, E. Popotte,  étudiantes Sup’Biotech, promotion 2013.


Sources :

Nathalie Cartier, Hemotopoietic Stem Cell Gene Therapy with a Lentiviral Vector X-Linked
Adrenoleucodystrophy Science 326, 818-823, 2009.

Catherine Ducruet, La thérapie génique remporte un premier succès, Les Echos, 09 octobre 2009.
Martine Perez, Quand le VIH inactivé soigne une maladie rare du cerveau, Le Figaro du 06 novembre 2009

Un homme bionique pour 2010


En mai 2001, un événement majeur changea la vie de Jesse Sullivan, ancien électricien de 62 ans. Il fût électrocuté et vit ses 2 bras amputés. En 2003, il collabore avec l’institut de rééducation (RIC) de Chicago, qui avec la DARPA (centre de recherche du ministère de la défense américain) met au point le premier bras bionique, Proto1. Depuis cette date, de nombreuses entreprises se sont lancés sur ce secteur.

Afin de pouvoir restaurer la mobilité, les prothèses bioniques doivent respecter 2 conditions :

1. Elles doivent exercer un contrôle cognitif sur les fonctions motrices résiduelles.
2. Un appareil doit assimiler et décrypter le message nerveux.
La première condition dépend de l’état du patient. Si celui-ci possède sur sa zone amputée des liaisons nerveuses relativement intactes, il peut contrôler à une certaine échelle les mouvements de la prothèse. Dans le cas contraire, une intervention chirurgicale est nécessaire. Les nerfs moteurs restants sont déroutés vers différentes régions anatomiques. Dans le cas du bras bionique, la réinnervation chirurgicale connecte les nerfs du moignon aux nerfs moteurs des muscles thoraciques.

78058135.jpgLa complexité des prothèses bioniques repose essentiellement sur le respect de la deuxième condition. En effet, chaque action exécutée par le corps humain dérive de plusieurs neurones du cortex moteur. Le neurone est composé d’un soma, partie centrale, d’un axone, prolongement long, mince et cylindrique du corps cellulaire, et de dendrites. La transmission de l’influx nerveux est due à une modification de la perméabilité membranaire des axones. L’influx nerveux est également analysé. Le contrôle cognitif des membres artificiels pour des mouvements simples, comme empoigner, est réalisé par une interface cerveau-machine. Cette interface se compose d’une électrode de surface EMG, qui dans le cas du Proto1, capte les signaux myoélectriques et les transporte jusqu’au membre artificiel. L’amputé accomplit alors un mouvement de l’épaule pour que le bras se déplace en réponse au signal. L’inconvénient des électrodes de surface est leur résolution. Pour permettre au bras artificiel de se plier ou tourner le poignet, l’utilisateur devait accomplir des mouvements grossiers qui activaient des actions préprogrammées. Le Proto2, développé par la DARPA en collaboration avec DEKA R&D (New Hampshire) vise à accéder au cortex moteur du cerveau grâce à l’implantation d’électrodes IMES (Injection Myoelectric Sensors) dans l’avant-bras. S’ajoutent une batterie, et un accumulateur qui amplifie et transmet le signal au microprocesseur. Celui-ci, décryptant le signal grâce à un algorithme, va à son tour transmettre l’information aux moteurs. Le Proto 2 est capable d’effectuer 27 mouvements et comprend une main dotée de 22 moteurs à chaque articulation. Il a remporté le « Popular Mechanics 2007 Breakthrough Award »

Les prothèses bioniques ont le potentiel pour être la solution pour les amputés. Les patients possédant une prothèse bionique ressentent la sensation de toucher et retrouvent des gestes élémentaires du quotidien, l’un des désagréments étant d’apprendre à s’en servir. En 2002, les limites physiques des prothèses bioniques étaient la maîtrise de la prothèse par la pensée. Lors des phases de tests, sur un total de six patients, un seul est parvenu à contrôler sa prothèse par la pensée. Après l’opération, un an de rééducation est nécessaire. Cependant, l’inconvénient majeur du bras bionique est son coût, qui le rend inaccessible au grand public. Ainsi, Proto1 coûtait 70 000 $ et Proto2 100 000 $. La Société écossaise Touch Bionics commercialise des bras bioniques pour le prix de 10 000 €. En 2009, elle sort également sur le marché Pro-Digits des doigts bioniques d’une valeur de 38 000 à 50 000 €. Enfin, le patient n’est pris en charge que partiellement. En plus du coût de la prothèse s’ajoutent les frais hospitaliers et tous les frais concernant l’entretien de la prothèse (qui doit être fait tous les six mois) et la rééducation.
Une alternative aux prothèses bioniques serait les greffes bio artificielles de membres. Cependant, ces types de greffes posent plus de problèmes que celles d’un organe interne. De nombreux patients après une amputation développent des troubles d’ordre psychiques, car il est plus difficile pour eux d’accepter l’organe greffé dans la mesure où ils le voient au quotidien, donc sont susceptibles de se questionner sur ses origines. L’obstacle psychologique peut même être infranchissable chez certains, à l’image d’un patient greffé d’une main qui a décidé de se faire amputer de sa nouvelle main plus de deux ans après l’opération…


Les effets secondaires à long terme sont les plus connus, à savoir tous les troubles psychiques liés aux amputations : les sensations fantômes ou douleurs fantômes, les douleurs idiopathiques du moignon. Cependant, la majorité de la communauté scientifique considère que les facteurs psychologiques seuls ne peuvent expliquer la douleur fantôme. Les études de Richard A. Sherman et de son équipe (Madigan Army Medical Center, Washington) ont montré que des facteurs psychologiques comme le stress, l’anxiété ou la dépression, pouvaient influencer la douleur fantôme sans en constituer la cause.
Les progrès de la médecine permettent de considérer le corps humain comme un assemblage de pièces détachées. La question ne se pose plus. La réalité a dépassé la fiction : l’homme bionique de la célèbre série « L’homme qui valait trois milliards « est déjà parmi nous…

Monique Olima - Valérie Zoa – étudiantes de Sup’Biotech, promotion 2013

Quand les nanotechnologies se rapprochent du cerveau

De récentes recherches nous ont permis de découvrir une nouvelle méthode de vectorisation adaptée aux traitements de maladies du cerveau, qui sont généralement difficiles à cibler. Des chercheurs Singapouriens ont développé en avril 2009, un peptide amphiphile capable de former des micelles. Cette nouvelle méthode de traitement ciblée serait une avancée conséquente dans le domaine des maladies difficiles à traiter. Mais comment ces nanoparticules vont-elles permettre un traitement plus efficace que les traitements actuels ?

La méningite peut être une infection virale ou bactérienne des méninges1, se traduisant par des symptômes particuliers tels que de la fièvre, des raideurs dans la nuque, des vomissements, des maux de tête ou encore des tâches hémorragiques sous la peau. Le type de la méningite est par la suite déterminé grâce à une ponction lombaire pour l’analyse du liquide céphalorachidien (LCR). Chaque année, 1,2 million de cas de méningites bactériennes sont comptabilisés à travers le monde.
Le premier type de méningites, retrouvé dans 80 % des cas, est causé par un virus, et plus rarement par un champignon. Ces méningites virales restent bénignes et savent, de nos jours, être correctement traitées. Dans le cas des méningites d’origine bactérienne (20 % des cas), les traitements sont plus délicats. Ce type reste très dangereux et peut provoquer des lésions cérébrales voire aller jusqu’à entraîner la mort (8 à 10 %).

95454990.jpg

Une fois ces méningites diagnostiquées, des traitements antibiotiques peuvent être prescrits chez les patients atteints par une bactérie, afin de palier rapidement le problème. Pour ce qui est des autres cas, divers vaccins, de plus en plus généralisés surtout chez les nourrissons, peuvent être utilisés comme celui contre les méningites de l’Haemophilus influenzae depuis 1992. Enfin, les méningites virales ne disposent d’aucun traitement particulier. Elles s’estompent naturellement avec le temps.
Mais malgré les solutions qui furent trouvées pour le traitement des méningites, le problème se pose in vivo pour les infections bactériennes. En effet, les antibactériens permettant de lutter contre les bactéries en cause ne peuvent passer la barrière hémato-encéphalique2 (BHE) où sont installées ces bactéries et donc traiter la maladie. Un des moyens de lutte pourrait bien venir des nanotechnologies si l’on en croit un article publié dans Nature Nanotechnology*.

Les nanoparticules développées par l’équipe de Yi-Yan Yang*, appelées CG3R6TAT, possèdent trois atouts : une charge positive, une efficacité antimicrobienne et la capacité de former des micelles qui passent à travers la BHE. Ce dernier atout reste délicat car il est essentiel de ne pas endommager le cerveau ou de le contaminer avec des particules étrangères.
Il a été remarqué que ces nanoparticules, à partir d’une certaine concentration, avaient une grande facilité à s’assembler d’elles-mêmes en micelles, créant ainsi un moyen de vectorisation de molécules médicamenteuses et une structure organisée.
La charge postive du peptide favorise fortement les interactions électrostatiques avec les bactéries, mais également avec les champignons et les levures. Grâce à cela, on peut obtenir un ciblage de l’agent pathogène.
Du point de vue de l’activité microbienne, il a été découvert que la séquence TAT du peptide a la capacité d’inhiber une bactérie. Cependant, son efficacité est moindre à côté de celle des résidus arginines qui composent les nanoparticules. Plus le peptide est riche en arginine, plus la concentration minimale inhibitrice3 est réduite. L’alliance des deux permet donc d’accroître considérablement l’action antimicrobienne de ces nanoparticules.
Le TAT étant une séquence d’aminoacide issue du VIH, permettant la translocation membranaire, c’est lui qui permettra au peptide de traverser la BHE. Cette translocation est de plus favorisée par les charges cationiques des nanoparticules. A la suite des tests in vitro de ces peptides, les chercheurs ont remarqué qu’ils peuvent entraîner la lyse des cellules microbiennes tout en limitant l’hémolyse qui est une conséquence indésirable et fréquente lors de l’usage des peptides cationiques. Ce traitement efficace est sans effets secondaires importants sur l’organisme et permet de progresser vers un moyen infaillible de neutraliser tous les types de méningites.

Ces nanoparticules auraient donc la capacité de lutter contre diverses infections de manière sûre et efficace. La question serait maintenant de savoir si une telle technique pourrait s’appliquer à d’autres maladies du cerveau comme les encéphalites et pourquoi pas des maladies neurodégénératives. En tout cas, nous n’avons plus d’excuses pour ne pas nous creuser les méninges !


Julie MAES, Charlotte PELOSO, Gaëlle-Anne THILLAYE, étudiantes de Sup’Biotech, promotion 2013.



Notes :


1 enveloppe recouvrant la totalité de la boite crânienne sur trois couches
2  barrière protégeant le cerveau en filtrant la circulation sanguine qui deviendra le LCR
3 concentration minimale nécessaire d’un antibiotique pour inhiber la croissance d’une couche de bactéries in vitro

* Lihong Liu, Kaijin Xu, Huaying Wang, Jeremy Tan P.K., Weimin Fan, Subbu S. Venkatraman, Lanjuan Li and Yi-Yan Yang - "Self-assembled cationic peptide nanoparticles as an efficient antimicrobial agent" - Nature Nanotechnology - 14 Mai 2009
 

La thérapie génique au secours de la cécité


Après qu'une équipe française ait réussi à rendre la vue à des chiens souffrant de l'amaurose congénitale de Leber (ACL), une autre vient de réussir le même pari chez l'homme.


Décrite en 1869 par Théodore Leber, un ophtalmologiste allemand, la maladie qui porte son nom est la forme la plus sévère de dystrophie et/ou dysplasie rétinienne précoce et représente environ 6% de ces pathologies. Elle entraîne une altération complète de la rétine et une perte totale de l'acuité visuelle. Cette maladie toucherait 100 000 naissances à travers le monde dont 1000 à 2000 enfants en France, et est due à une déficience protéique.


Plusieurs gènes, 13 ont été découverts à ce jour, peuvent être responsables de l'ACL, ici nous nous intéresserons au gène RPE65, qui code l'isomérase qui convertit dans l'épithélium pigmentaire, cellules permettant aux rayons lumineux d'être captés puis transformés en influx nerveux pour gagner le cerveau, le trans rétinyl ester rétinol en ester 11-cis rétinol, permettant la formation du chromophore (molécule colorée) des pigments des photorécepteurs, indispensable pour la vision. La mutation de ce dernier fut découverte sur une lignée de chiens Briards, et constitua ainsi le premier modèle expérimental.

Blind_signal.png


Succès du protocole animal.
Les différentes techniques précédentes, greffe ou injection de la molécule, n'étant pas concluantes, c'est donc tout naturellement que les chercheurs se sont tournés vers la thérapie génique.
Son utilisation consiste à apporter et à insérer une copie normale du gène d'intérêt, ici RPE65, dans les cellules de l'épithélium pigmentaire rétinien. Ce processus se fait via l'utilisation d'un vecteur, ici un virus, dépourvu de sa pathogénicité , ses gènes viraux ayant été supprimés. Il permet une expression continue du gène d'intérêt.


Les chiens ont été séparés en plusieurs groupes qui différaient par leurs âges et la quantité de vecteurs injectée. Les résultats ont été mesurés par angiographie de fluorescence, par l'utilisation de techniques d'imagerie non invasives et par des techniques d'immunocytochimie rétiniennes. Cette maladie étant évolutive, elle devient donc de plus en plus difficile à soigner au fur et à mesure qu'elle progresse, l'expérience a en effet montré que, associé à une dose contrôlée de virus, l'âge avait une importance capitale quant à l'efficacité du traitement.


Ces résultats ont été confirmés par des parcours d'obstacles que devaient franchir les animaux.La similarité entre les yeux de ces chiens et celui de l'homme a permis une transposition de cette technique chez l'humain.


Un enfant de huit ans retrouve la vue.
Rendre la vue ou empêcher la cécité de s'installer, telles sont les prouesses que viennent de réussir Albert Maguire et Katherine High1 de l'hôpital pour enfants de Philadelphie; en s'appuyant sur les travaux de Le Meur et Stieger 2 sur la restauration de la vision chez des chiens Briards.
Afin de restaurer l'acuité visuelle et de combler ces déficiences, les chercheurs ont injecté dans l'oeil, présentant le plus de troubles, au sein de l'épithélium rétinien et via l'humeur vitrée un vecteur AAV (virus adéno-associés à ADN double brins, AAV2-hRPE65v2) contenant le gène de la protéine RPE65. Cet essai clinique de phase 1, fut effectué sur 12 patients donc 4 enfants âgés de 8 à 11 ans. Trois doses croissantes de virus furent injectées, une faible de 1,5.1010 vecteurs, une moyenne de 4,8.1010, et enfin une grande de 1,5.1011 vecteurs. Il semblerait que que la dose importe peu, car les résultats sont là. Après seulement deux semaines le champ visuel de tous les patients s'est accru; ainsi qu'une amélioration de l'acuité visuelle chez la plus part. La réponse pupillaire a quant à elle aussi progressé.
Ces améliorations sont d'autant plus importantes que le patient est jeune, et elles se sont vu entérinées, les patients ayant conservé leurs nouvelles fonctions visuelles après deux ans. Un enfant de huit ans a même retrouvé un niveau de sensibilité identique à celui d'un enfant de son âge en pleine santé.


Il semblerait qu'après plusieurs années de tâtonnement, et certaines déconvenues (cas de cancer), la thérapie génique ait fini par combler une partie des attentes placées en elle. Cependant la présence du vecteur dans le sang d'un patient pose la question du choix de ce dernier, il ne faudrait pas réitérer les mêmes erreurs que dans le passé, le vecteur doit rester confiné à sa cible.
Compte tenu de l'importance de l'âge des patients, il joue un rôle primordial afin d'éviter une perte trop importante de photorécepteurs, le couplage de la thérapie génique à des techniques de détection appropriées permettrait d'offrir une meilleure réponse à cette maladie.


Pollien Christophe, Regnier Florian, Savy Adrien, Etudiants de Sup'Biotech, promotion 2013


1 The Lancet, Volume 374, Issue 9701, Pages 1597 - 1605, 7 November 2009 2 Gene Therapy (2007) 14, 292–303. doi:10.1038/sj.gt.3302861; published online 5 October 2006

Archives

Abonnez-vous


Etablissement d'enseignement supérieur privé - Inscription Rectorat Créteil 0942193Y - Cette école est membre de IONIS Education Group comme :