L'utilisation des antibiotiques dans les élevages remise en cause
L'apport de cette étude? La mise en évidence de la chronologie de l'apparition des différentes résistances, les mécanismes associés et l'identification de la volaille comme principal vecteur de la souche. Ces conclusions sont d'autant plus préoccupantes que la salmonelle est l'une des principales causes d'infection alimentaire chez l'homme. La surveillance microbiologique des infections humaines des filières d'élevage devient donc nécessaire, selon les auteurs.
Une épidémie qui gagne du terrain
Autre conclusion de l'étude, l'épidémie explose et s'étend, en particulier depuis 2006. En effet, les données épidémiologiques ont mis en évidence un élargissement de la zone de contamination à partir de 2006 . Elle s'étend à l'Afrique du Nord et de l'Ouest et au Moyen-Orient. La Salmonella Kentucky commence également à s'implanter en Europe. Ainsi, alors que l'on ne recensait que 500 cas entre 2002 et 2008 dans trois pays, on dénombre en France, pour la seule période 2009-2010, 270 cas ! D'où la crainte d'un risque de propagation à grande échelle. Autre inquiétude, en Afrique du Nord, l'Institut Pasteur a isolé des bactéries résistantes aux derniers antibiotiques utilisés en tant que rempart thérapeutique face à cette bactérie.
La régulation de l'utilisation des antibiotiques dans les élevages permettrait de limiter l'apparition et la propagation des gènes de résistance chez des bactéries. S'agit-il de l'unique solution pour faire face à l'explosion des bactéries multirésistantes, alors que ces filières restent réticentes à l'instauration de telles mesures?
Mylène Huck (Sup'Biotech promotion 2013)
Source: "L'inquiétante émergence d'une salmonelle multirésistante aux antibiotiques", communiqué de presse de l'INRA, 3 août 2011
Pour aller plus loin: F.-X. Weill et al., "International spread of an epidemic population of Salmonella enterica serotype Kentucky ST198 resistant to ciprofloxacin", Journal of Infectious Diseases, vol.204, 1er septembre 2011, p.p.675-684, http://jid.oxfordjournals.org/content/early/2011/07/28/infdis.jir409.abstract