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L'utilisation des antibiotiques dans les élevages remise en cause

La dissémination de bactéries multirésistantes aux antibiotiques deviendrait-elle de plus en plus fréquente? Les travaux réalisés par des chercheurs de l'Institut Pasteur, l'INRA et l'Institut de veille sanitaire  permettent de le penser. Dans une étude internationale, publiée en août dernier dans le Journal of Infectious Diseases, les chercheurs ont mis en évidence une souche multirésistante à presque tous les antibiotiques : la Salmonella Kentucky.

L'apport de cette étude? La mise en évidence de la chronologie de l'apparition  des différentes résistances,  les mécanismes associés et l'identification de la volaille comme principal vecteur de la souche. Ces conclusions sont d'autant plus préoccupantes  que la salmonelle est l'une des principales causes d'infection alimentaire chez l'homme. La surveillance microbiologique des infections humaines des filières d'élevage devient  donc nécessaire, selon les auteurs. 

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Les chercheurs ont d'abord mis en évidence plusieurs mutations dans le génome de la Salmonella Kentucky, lesquelles seraient responsables de la multirésistance  observée, puis son origine. C'est l'Egypte  qui en serait le berceau géographique. Les modifications génétiques à l'origine de la salmonelle Kentucky y ont été observées dès le début des années 90. En cause, les filières aquacoles, grandes consommatrices d'antibiotiques.  Mais la  forte propagation de la bactérie en Afrique dans la filière volaille, qui recourt massivement aux antibiotiques, serait à l'origine de l'épidémie actuelle. 

Une épidémie qui gagne du terrain

Autre conclusion de l'étude, l'épidémie explose et s'étend, en particulier depuis 2006. En effet, les données épidémiologiques ont mis en évidence un élargissement de la zone de contamination à partir de 2006 . Elle  s'étend à l'Afrique du Nord et de l'Ouest et au Moyen-Orient. La Salmonella Kentucky  commence également à s'implanter en Europe. Ainsi, alors que l'on ne recensait que 500 cas entre 2002 et 2008 dans trois pays, on dénombre en France, pour la seule période 2009-2010, 270 cas ! D'où la crainte d'un risque de propagation à grande échelle. Autre inquiétude, en Afrique du Nord, l'Institut Pasteur a  isolé  des bactéries résistantes aux derniers antibiotiques utilisés en tant que rempart thérapeutique face à cette bactérie.

La régulation de l'utilisation des antibiotiques dans les élevages   permettrait de limiter l'apparition et la propagation des gènes de résistance chez des bactéries. S'agit-il  de   l'unique solution pour faire face à l'explosion des bactéries multirésistantes, alors que ces filières restent réticentes à l'instauration de telles mesures? 

Mylène Huck (Sup'Biotech promotion 2013)


Source: "L'inquiétante émergence d'une salmonelle multirésistante aux antibiotiques", communiqué de presse de l'INRA, 3 août 2011

Pour aller plus loin:
  F.-X. Weill et al., "International spread of an epidemic population of Salmonella enterica serotype Kentucky ST198 resistant to ciprofloxacin", Journal of Infectious Diseases, vol.204, 1er septembre 2011, p.p.675-684, http://jid.oxfordjournals.org/content/early/2011/07/28/infdis.jir409.abstract 


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Nanoparticules de dioxyde de titane: des effets sur le cerveau

Crèmes solaires, peintures, revêtements auto-nettoyants... Ces produits présentent le point commun de contenir des nanoparticules de dioxyde de titane (nano-TiO2). Or on ignore les conséquences d'une exposition chronique à ces substances sur nos organismes. Leur capacité à franchir la barrière cutanée avait déjà été mis en cause.  En juin dernier, l'ANSES avait d'ailleurs recommandé de ne pas utiliser de crèmes solaires en cas d'érythème (1).  Ce sont,  cette fois, les effets des nanoparticules sur le cerveau qui sont signalés par une équipe du CEA et de l'Université Joseph Fourier (Grenoble).

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Le point de départ? Une étude de fin 2008 (2), qui avait établi la présence de nanoparticules dans le cerveau d'un rat auquel  une instillation nasale de ces matériaux avait été réalisée.  Chose étonnante, car, en principe,  le cerveau est protégé des molécules toxiques par la barrière hémato-encéphalique. C'est elle qui les élimine.  L'équipe du CEA et de l'Université Joseph Fourier a apporté une explication à ce phénomène : les chercheurs ont développé un modèle cellulaire  in vitro, pour reproduire la barrière hémato-encéphalique, en associant des cellules endothéliales pour le système sanguin et des cellules gliales pour le système nerveux. 

Le résultat ? L'expérience précise que l'exposition aiguë ou chronique aux nanoparticules entraine leur accumulation dans les cellules endothéliales.  Elle établit surtout que l'exposition aux nanoparticules rompt la barrière hémato-encéphalique. L'activité de la protéine présente dans les cellules endothéliales chargée de bloquer les toxines pouvant pénétrer dans le système nerveux central est bloquée. 

La conclusion ? Les nanoparticules pourraient être à l'origine d'une  inflammation cérébro-vasculaire et entrainer des perturbations de certaines fonctions cérébrales. A suivre...

Cassandra Comme (Sup'Biotech promo 2013)


Source:

Des nanoparticules de dioxyde de titane altèrent, in vitro, la barrière hémato-encéphalique, communiqué de presse du CEA, 26 octobre 2011

Pour aller plus loin:

A. Mabondzo et al., In Vitro Evidence of Dysregulation of Blood-Brain Barrier Function after Acute and Repeated/Long-Term Exposure to TiO2 Nanoparticles in Biomaterials, publié en ligne le 24/10/2011

(1) Etat des connaissances relatif aux nanoparticules de dioxyde de titane et d'oxyde de zinc dans les produits cosmétiques en termes de pénétration cutanée, de génotoxicité et de cancérogenèse Rapport de l'ANSES, 14 juin 2011

Utilisation des nanoparticules de dioxyde de titane et d'oxyde de zinc en tant que filtres ultraviolets dans les produits cosmétiques, Recommandations de l'ANSES, 14 juin 2011

(2) J. Wang et al.," Potential neurological lesion after nasal instillation of TiO(2) nanoparticles in the anatase and rutile crystal phases", Toxicological Letter,vol.183,15 décembre 2008, pp. 72-80

Vers une alternative au don de sang

" Le don de sang ne prend pas de vacances ". Ce rappel estival de l'Etablissement Français du sang (EFS) dont le Groupe IONIS est partenaire rappelle bien la fragilité du don, unique source de sang pour les milliers de patients ayant besoin d'une transfusion sanguine. L'annonce de la première auto-transfusion humaine de globules rouges créés à partir de cellules souches permet d'envisager une alternative. 

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Des chercheurs de l'Inserm-université Pierre et Marie Curie (UMR 938) dirigés par Luc Douay, l'AP-HP et l'unité d'ingénierie et de Thérapie Cellulaire de l'Etablissement Français du Sang  ont annoncé le succès de la transfusion de globules rouges cultivés (GRc) à un patient. Ces résultats ont été publiés le 1er septembre 2011 dans la revue Blood. Pour réaliser cette transfusion,  l'équipe de Luc Douay a utilisé des cellules souches hématopoïétiques (CSH). C'est à partir de ces cellules, qui ont la propriété de fabriquer tous les types de cellules sanguines, que  des globules rouges ont été cultivés. Ils ont ensuite été réinjectés au patient.

" Cette étude est la première à démontrer que ces cellules peuvent survivre dans le corps humain", a souligné Luc Douay. En effet, les cellules dérivées (les GRc) des CSH ont une maturation normale avec une demi-vie comparable aux globules rouges « normaux », soit  28 jours, dans le corps humain. Ces conclusions permettent d'entrevoir la possibilité de remédier aux manques dans les banques de sang et de diminuer les risques de transmission de virus. Si une production à grande échelle est envisagée, elle suppose la réalisation de progrès en ingénierie cellulaire, a rappelé l'auteur de l'étude.

Anabelle Planques (Sup'Biotech promotion 11)

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Source:

" Première auto-transfusion de globules rouges créés à partir de cellules souches", communiqué de presse de l'Inserm, 1er septembre 2011, http://www.inserm.fr/espace-journalistes/1ere-autotransfusion-de-globules-rouges-crees-a-partir-de-cellules-souches

Pour aller plus loin:

Luc Douay et al., "Proof of principle for transfusion of in vitro generated blood cells", publication en ligne, Blood, 1er septembre 2011, disponible sur le site http://bloodjournal.hematologylibrary.org/content/early/2011/08/30/blood-2011-06-362038


Disparition des abeilles :  les pesticides en cause

Pourquoi depuis 15 ans, les abeilles, si précieuses pour la biodiversité, disparaissent-elles?  C'est cette question que des chercheurs du CNRS, de l'INRA et de l'Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand) ont étudiée. Dans la revue Plos ONE en juin dernier, ils établissent que l'interaction entre un parasite et la présence d'insecticides expliquerait certains cas de surmortalité.

Différentes raisons, le plus souvent combinées, avaient été avancées pour expliquer la disparition des abeilles. En cause, l'appauvrissement de la diversité et de la qualité des ressources alimentaires,  l'intensification des monocultures, l'action de parasites responsables de différentes maladies, le stress chimique provoqué par l'exposition des abeilles aux produits phytosanitaires et vétérinaires ou à certains prédateurs, en particulier le frelon asiatique.

abeilles.jpgLes travaux des chercheurs de l'INRA, du CNRS et de l'Université Blaise Pascal ont isolé deux paramètres particulièrement dangereux: la conjugaison entre un parasite et des pesticides.  Chez les insectes infectés par un parasite responsable de la nosémose, Nosema ceranae et exposés à de très faibles doses d'insecticides, les chercheurs ont observé une augmentation du taux de mortalité. En revanche, dans les mêmes conditions d'exposition,  les abeilles saines restent en vie. Le Nosema ceranae présente donc un effet amplificateur des doses de pesticides reçues.

Les résultats de cette étude rappellent la nécessité de protéger les abeilles contre les pollutions environnementales et/ou les pathogènes affectant leur santé.

Mylène Huck (Sup'Biotech promo 2013)

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Source :

" Pathogènes et insecticides: un cocktail mortel pour les abeilles ", communiqué de presse de l'INRA, 7 juillet 2011, http://www.inra.fr/presse/pathogenes_insecticides_cocktail_mortel_abeilles

Pour aller plus loin :

Fréderic Delbac et al., "Exposure to Sublethal Doses of Fipronil and Thiacloprid Highly Increases Mortality of Honeybees Previously Infected by Nosema ceranae", PLos one, publication en ligne 28 juin 2011, disponible sur http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0021550





Un premier pas vers la mise à jour de la reconnaissance faciale du visage

De quelle manière le cerveau différencie-t-il les visages ? Telle est la question que s'est posée Bruno Rossion, chercheur à l'Institut de Recherche en Psychologie et à l'Institut de Neuroscience de l'Université Catholique de Louvain (Belgique). Ses recherches ont reçu une bourse européenne du Conseil européen de la Recherche.

La reconnaissance des visages semble une activité spontanée. Pourtant, elle relève d'un processus complexe qui mobilise de nombreuses ressources du cerveau. La raison ? Les visages ne diffèrent que par la forme et les traits. Bruno Rossion et son équipe ont étudié le comportement des personnes ayant subi un accident cérébral. Alors qu'elles ont conservé toutes leurs capacités de perception visuelle et de mémoire, elles sont incapables de reconnaître les autres en voyant leur visage. D'où l'intérêt d'analyser leurs comportements pour décoder le processus sous-jacent de reconnaissance des visages.
 

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Les chercheurs ont mesuré l'activité électrique produite par le cerveau par électroencéphalogramme face à des stimulations visuelles présentées à un rythme constant. Le résultat ? L'activité électrique du cerveau se synchronise à la fréquence de la stimulation, montrant que les régions impliquées répondent au stimulus.  Les réponses spécifiques du cerveau à des images de visages peuvent alors être mesurées rapidement et de manière objective. Elles pourront ensuite être comparées lorsque les images sont modifiées ou rendues familières. 

Autre apport de cette technique, comprendre les différences  de  réponses du cerveau en associant aux traits du visage différentes fréquences mesurées pour permettre de déterminer les informations guidant notre perception et notre mémoire des visages. L'équipe de Bruno Rossion compte étudier le comportement des combinaisons précises des fréquences stimulées. L'objectif ? Percer les secrets de la reconnaissance faciale. Elles sont d'ailleurs différentes selon les populations. Des études ont en effet montré qu'un Européen reconnaîtra plus facilement le visage d'un autre Européen que le visage d'un Asiatique et vice versa.



Mylène Huck (Sup'Biotech promo 2013)

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